- Brouillon -

Traits et esquisses, couleurs en friche.

07 janvier 2007

Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra


APZ

Ainsi parlait Zarathoustra (Nietzsche, Le livre de poche classique, 1886) :

Par manque de temps, j'arrête malheureusement de recopier les extraits qui m'intéressent - ou alors cela changera de forme pour que la sélection soit désormais plus rigoureuse et plus conforme à mon goût. Le "commentaire" de ce Zarathoustra sera plus épuré aussi, à la fois pour des raisons de temps et parce qu'il reprend des thèses déjà énoncées dans les oeuvres précédentes (dont je préférais la forme moins péremptoire, qui me donnait plus à penser par ses nuances et rebondissements).

Zarathoustra ne présente pas le chemin, il présente le but - même si l'itinéraire de Zarathoustra donne encore, par ses nuances, à entraîner l'esprit. Je passerai sur les nombreuses rencontres symboliques (et puis, je ne les ai pas encore digérées) pour le traiter comme les autres livres de Nietzsche (erreur, évidemment, mais voilà, le style de Zarathoustra m'a inspiré moins d'idées ; ce qui en soi ne signifie rien, je ne pouvais peut-être que passer à côté), au risque de paraphrases (le temps, toujours).

- Si Zarathoustra quitte sa caverne, c'est qu'il aspire à déborder, qu'il a un surplus à écouler et qu'il est trop riche (il ne s'agit pas de "vivre caché").
- Le mépris pour l'homme signifie pour celui qui l'éprouve que désormais, l'homme s'est révélé trop petit à ses yeux (à cause de l'amour qu'on a pour lui), et ce mépris est une condition nécessaire pour l'élever (à ce propos, le "dernier homme" est celui qui ne peut plus se mépriser et qui aspire à rester comme il est : petit, en toute bonne conscience).
- Elever l'homme, mais en restant toujours fidèle à la terre et ne pas chercher à le perdre dans le ciel vide et creux (qui symbolise la fatigue entraînant les arrières-mondes fixes, le repos éternel).
- Le christianisme met dans l'homme la honte et le mépris de lui-même tout en affirmant qu'il est trop faible pour pouvoir s'élever : il reste ainsi dans le mépris et la honte (horrible chose, aux yeux de Nietzsche).
- Le voleur : celui qui vole des hommes au troupeau.
- Les 3 métamorphoses : le chameau (qui porte un poids dans le désert), le lion (qui est fier, et aspire à la liberté vis-à-vis de poids : il le brisera par son "je veux" qui s'oppose au "tu dois") puis l'enfant qui est innocence et jeu créateur de valeurs (résultats des nouvelles évaluations des choses).
- Le "soi" (soufflant sur les sens et l'esprit) dirige le "moi" que fait le corps.
- Eloge du balbutiement (preuve que l'on cherche comment dire son goût, unique, sans l'aide des lieux communs des mots en vigueur).
- C'est l'habitude de l'amour qui fait aimer la vie, non l'habitude de la vie.
- Le peuple qui donnera lieu au "surhumain" sera le peuple des solitaires.
- Le créateur est paturiente et douleur de la paturiente.
- Il faut débarrasser l'homme de son instinct de punition, donc de la vengeance (et par conséquent de l'idée de l'égalité, qui nie tout dépassement d'elle-même).
- On remarque une sorte d'innéisme de la volonté (dans la partie "Le chant du tombeau").
- La mesure est la médiocrité déguisée, la volonté de ne pas vouloir souffrir, d'être ménagé.
- Un lac profond n'a pas besoin de se troubler pour qu'on en voit pas le fond.
- Fermer la bouche du "fou écumant", celui qui ne fait que cracher sur la ville, tout en continuant à y habiter.
- 3 choses à réévaluer : la volupté, l'appétit de domination, l'appétit de soi-même.
- Les bons sont toujours et nécessairement des pharisiens.
- L'homme qui a tué Dieu est l'homme le plus laid : car il l'a fait parce qu'il ne pouvait pas supporter le regard omniscient de Dieu, ce témoin de lui-même.
- La perte du but, est également la perte du chemin.
- Il y a une différence entre souffrir de soi et souffrir de l'homme (la seconde souffrance étant plus grande).
- La dernière tentation de Zarathoustra, est celle de vouloir sauver l'homme supérieur (à méditer).
- Symbolique du surhomme (enfin je crois) : un arbre qui est caché par l'amour d'un pied de vigne qui donne des grappes dorées à qui s'en approche.

C'est très sommaire, mais comme je l'ai dit, les autres oeuvres me donnent plus à réfléchir. Je vois le Zarathoustra comme une redite qui a gommé ses nuances (je n'ai pas de goût pour les dogmes, qui ne sont pas les miens).

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12 décembre 2006

Nietzsche - Le gai savoir


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Le gai savoir
(Nietzsche, GF Flammarion, 1882) :

Pas de recopiage pour ce livre - je ne sais pas si je continuerai à recopier des passages, ça me prend trop de temps même si ça me sert à m'imprégner de l'auteur (et en même temps, ça fait bien trois fois que je le lis, ce Gai savoir, il est présent dans le fichier excel).

Ca fait trois fois que je le lis, et je trouve toujours que c'est un des meilleurs que Nietzsche ait écrit. Il respire bien cette exubérance de la santé, cette légèreté dans les mots, et il est très proche de Montaigne dans l'affect qu'il dégage chez le lecteur. Sans doute celui qu'il faut lire, accompagné de Vérité et mensonge au sens extra-moral.

Bon. Alors ça va pas être évident...

Dans la préface de la main de Nietzsche, celui-ci insiste sur le rôle central de l'expérience de la douleur, qui fait se briser les illusions du sujet, amenant à considérer en quelque sorte la "réalité brute" du monde et de soi, c'est-à-dire le mensonge et l'illusion qui les entourent - En même temps, Nietzsche souligne bien la force de son esprit, sa santé (déjà dans Humain, trop humain II) qui refuse les conclusions de cette douleur et la plongée dans le pessimisme romantique. Dans la douleur, c'est en effet la maladie qui menace à la fois le corps et l'esprit - soit un affaiblissement de la santé, de la vie - et, si ils peuvent bien s'y prêter, jamais ils ne "doivent" s'y donner (s'y abandonner) : la jouissance provient de la capacité qu'a le penseur à percevoir l'ultime instant de bascule où son corps et son esprit sont tout près de devenir malades et à s'opposer de toutes ses forces à cette contamination, afin de refaire pencher la bascule du côté de la santé.

Toute forme d'expression est ainsi symptômatique chez Nietzsche d'un état de manque (maladie du corps) ou d'excès (santé du corps) de vie. Le manque de vie ne désire rien d'autre que le calme, l'apaisement, la paix et ne cesse de s'y employer tandis que l'excès de vie désire la guerre, la lutte, le franchissement des limites (la connaissance et la douleur qui y est liée). Le corps, clef-de-voûte de toute forme d'expression, est aussi, physiologiquement, ce qu'il s'agit d'interpréter afin de découvrir l'esthétique, le goût qui lui correspond et dont il a besoin.
Si la douleur (la "grande libératrice") est liée à la connaissance c'est parce qu'elle baisse si bien la confiance en la vie qu'elle amène celle-ci à se découvrir au yeux du penseur comme problème et qu'elle suscite en lui des interrogations qui approfondissent cet homme - il découvrira donc que la vie toute entière repose, en guise de vérité, sur des erreurs qu'il s'agira de préserver afin de préserver la vie (c'est-à-dire détruire en créant, détruire les anciens mensonges en en créant de nouveaux en prenant plaisir à ce surgissement de formes dans l'apparence).

De la sorte, la vie est réduite à la vie pour l'espèce (on pourrait en effet supprimer l'homme sans que la vie en soit atteinte - Nietzsche développe cette idée dans Aurore : le sacrifice de l'humanité pour la connaissance) et se place au-delà de la morale : les pulsions condamnées par la morale seraient des pulsions tout aussi nécessaires à la conservation de l'espèce que celles approuvées par la morale (c'est-à-dire la société) ; il n'est même pas sûr que l'espèce puisse penser en dehors de sa conservation, tant cet instinct pourrait s'être incorporé dans les corps particuliers de l'espèce. Néanmoins, la morale est elle aussi créatrice de formes dans les buts qu'elle propose (au "troupeau") en hiérarchisant les pulsions, bien qu'il y aura toujours un moment où l'on rira de ces absurdités et de cette vanité (le rire à propos de l'espèce serait ainsi la forme la plus ultime de rire, le soulagement devant le poids inutile que nous faisait porter toute sorte de morale).
Au sein de l'espèce humaine se trouvent différents types d'hommes dont Nietzsche va essayer de rendre compte plus précisément qu'il ne l'a fait auparavant. Ainsi le "noble", souffrant d'un excès de vie qui fait primer sa passion sur sa raison (raison assujettie aux normes sociales), opposé au "vulgaire", pas nécessairement malade mais dont la raison l'emporte sur les passions. L'organisation, à travers l'histoire, des passions dans l'homme intéresse Nietzsche au plus haut point (il soumet des idées d'études sur le châtiment, l'amour, l'etc.) à la fois pour se débarrasser de la morale en la racontant et aussi pour soumettre des idées d'éducations ou des grilles de lecture des types d'hommes.
Le mode de fonctionnement des passions peut servir à expliquer les théories sur la société de Nietzsche (l'apparition de "maladies" poussant à l'évolution de la société) : en effet, nombre de passions inconscientes continuent d'évoluer pour surgir un jour, dans une éruption (ceci a plus de chance de se passer dans une lignée où il y a peu de changements dans le temps).

Un des principaux reproches que Nietzsche adresse à la morale chrétienne est d'avoir diabolisé l'égoïsme, et donc la particularité de l'individu au dépend de l'altruisme pour raisons sociales - bien évidemment, si Nietzsche se permet de dire ça, c'est parce qu'il estime que la morale a suffisamment torturé un certain type d'homme (Nietzsche prend bien soin de préciser souvent qu'il n'écrit pas pour tous, et qu'il y a des gens desquels il ne souhaite pas être compris : barrière de son écriture). Aussi s'applique-t-il à libérer l'individu des chaînes morales (oui j'me répète, faut bien que je fasse mes transitions).
L'individu cherche donc, dans ses actions, une seule et unique chose : exercer et augmenter sa puissance (ce qui est proportionnel au manque ou à l'excès de vie en lui), exciter son sentiment de puissance. Plus ce qu'il affronte est faible, plus il est lui-même faible (d'où la critique de la pitié chez Nietzsche, qui exerce un sentiment de puissance sur des proies faibles). Cette puissance s'exerce sur autrui, mais aussi sur soi (dans le plaisir que nous prenons à nous-mêmes fait que nous voulons changer parce qu'il arrive un moment où nous nous lassons de nous) : ce qui implique de savoir se voir, d'adopter la perspective juste par rapport à soi (l'isolement rapproche de soi, le divertissement éloigne de soi) tout en oubliant pas que c'est lorsque le sujet brise ses limites (se perdre) que peut advenir l'apprentissage sur soi (découverte de ce qui est caché et qui peut surgir). Dans le changement, il y a quelque chose de mensonger, un plaisir à l'apparence, à la comédie qui a été initié par l'art (l'art de se mettre en scène) et qui finit, à force d'habitude, par passer en nature - évidemment, personne n'est libre de choisir son rôle, ni même la destruction de ce rôle ; c'est au penseur-artiste de proposer des perspectives pour les choses et les rendre plus belles (en proposant un nouveau nom/appréciation/vraisemblance).

La société se constitue en gommant les particularités des individus car elle cherche, pour sa survie, à les éduquer en tant que fonction d'elle-même. Elle a pour cela les armes du temps, qui a produit et incorporé des évaluations des choses reposant non pas sur le vrai, mais sur l'accord qui a surgi à un moment donné entre les hommes afin qu'ils puissent coexister dans une même structure. C'est contre cela que l'individu véritablement individu (celui qui a pris connaissance du goût particulier lié à son égoïsme - chemin long et difficile, ouvert sur de multiples possibilités de fuite) doit combattre : il a ainsi contre lui sa conscience (qui n'est pas l'organe de la connaissance, mais uniquement celui de l'aveuglement de l'enfance et de la société), la crainte de l'isolement (l'instinct du "troupeau" qui parle en lui), les conservateurs (qui surajoutent les raisons - c'est-à-dire les mensonges - défendant la société) et finalement la société toute entière (car l'individu égoïste est méchant, au sens où il apporte du nouveau, et sera et doit être tyrannisé afin qu'il ne disloque pas tout l'ensemble du tissu social).
A propos du rapport individu/société, Nietzsche remarque plusieurs choses : d'abord qu'une société où fleurit la superstition est plus individuelle qu'une société où domine une unique croyance religieuse (car on peut choisir sa superstition) ; ensuite que le polythéisme permettait aux individus de s'exprimer en invoquant un dieu à travers eux ; et enfin que le temps des sociétés est fini (critique du socialisme) de par l'augmentation du goût individualiste qui se développe.


- Traces relevées :
* Il est possible que Dieu ait préparé le surhomme en lui offrant une perspective de puissance comparable à la sienne.
* La science est aussi morale et métaphysique.
* Juifs = génie moral.
* La science est-elle aussi capable de créer des buts ? Des principes de plaisir et de douleurs ?
* Le menteur est le frère raté du poète.
* La vie est le moyen de la connaissance qu'il faut augmenter.
* Le devoir se répand lorsque la volonté est malade.
* L'oeil trop peu fin est aveugle aux pulsions mauvaises et en vient à croire au bien.
* Le mauvais goût est un plaisir sûr, c'est pourquoi il faut parfois s'y adonner en bonne conscience.
* L'intelligence est une émanation des différentes pulsions passées sur la chose.
* Nature = nécessité sans loi.
* Différentes santés => différentes philosophies.
* Pensées de Socrate malade de la vie et de l'éternel retour.
* Ethique du "oui à la vie".
* Style = capacité à jouer avec ses forces et ses faiblesses.
* Si Dieu est tout-puissant, pourquoi peut-il être blessé dans son honneur ?
* Le mécontent de soi cherche toujours à se venger.
* Il faut encore tuer l'ombre de Dieu.
* Les faibles ont besoin d'ivresse (pessimisme romantique).
* Psychologie de la première fois chez les femmes, avec les mensonges dûs au christianisme (provoque un traumatisme causé en plus par l'être aimé).
* La croyance au motif => bonheur/misère de l'individu.
* Musique influe sur l'âme (sonorité de la langue).
* Un affaissement de la logique et une augmentation de l'irrationnalité entraîne le besoin de l'autre, et donc la malice, la spiritualité.
* Plus le philosophe est intime avec les problèmes, plus il est fructueux.
* Les hommes élevés (hauts) pensent en sentant.
* Penseur = pulsion de vérité qui entre en conflit avec les erreurs conservatrices de la vie.
* Ne pas oublier tout ce qui a disparu au sein de l'histoire de la vie, et n'a laissé aucune trace.
* Nous ne faisons que décrire plus précisément, jamais nous n'expliquons.
* Problématique de Nietzsche : quelle est la valeur des médecines morales ?

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02 décembre 2006

Nietzsche - Aurore


Auro



Aurore
(Nietzsche, Pluriel, 1881) :
http://johannfr.free.fr/J/viewtopic.php?t=166



Question de conscience.
- "Et, en résumé, que voulez-vous au fond de nouveau ?" - Nous ne voulons plus que les causes soient des péchés et les effets des bourreaux.
 

Cette fois-ci Nietzsche est vraiment en forme, et sa plume guérit et allège, il n'y a aucun doute là-dessus : ça pétille (ça doit être l'influence de Montaigne et d'Epicure ^^). Analyse critique de la morale, c'est-à-dire attaque en règle contre la morale (source de toute philosophie jusqu'à lui, selon Nietzsche) aux niveaux physiologique et psychologique (la critique philosophique ayant déjà commencé dans les oeuvres précédentes, en particulier Humain, trop humain) : mauvaise conscience, punition, faute, pitié, vengeance... sont passés à la broyeuse, mais sans haine.

Est moral ce qui obéit, est conforme aux moeurs et aux lois, et rien d'autre. Seule la folie - réelle ou simulée - peut casser les moeurs et la coutume (maintenus par ce qui, en apparence, est inutile : les petites choses) : revalorisation, donc, des individus (terme problématique chez Nietzsche, qui n'est pourtant pas adepte des limites tranchées) originaux et expérimentateurs que la morale tient en laisse.
La manière dont la morale musèle tout ce qui s'oppose à elle est présenté par Nietzsche comme une torture intérieure (d'où sa critique du christianisme, qui n'est pourtant pas unilatérale : il lui revient le mérite d'avoir formé un certain type d'homme) : mécanisme du remords, faiblesse, malheur et résignation de l'homme (mensonges dérivés de l'impossibilité morale consciemment prônée par le christianisme) à la coutume. Le vocabulaire nietzschéen commence à prendre forme à travers les analyses psychologiques réalisées (fort/faible, sentiment de puissance - qu'il s'agit de dénicher au sein des attitudes d'un individu, caractère, vigoureux, nerfs, santé, remède...).

Bien évidemment, la morale n'est pas ainsi ressentie par tous les individus - Nietzsche éduque l'individu, pas le nombre - puisque chaque individu est, au départ, un complexe d'instincts neutres : c'est le milieu dans lequel il évolue qui va lui faire colorer ses instincts en lutte (famille, société, histoire individuelle) et qui entraînera un système d'évaluation des choses (c'est-à-dire une morale), que le penseur va reconsidérer et recréer (c'est pourquoi il est juge du goût). Il n'y a donc pas sujet, mais seulement quelque chose qui est fait par quelque chose (Nietzsche brode la métaphore du jardinier s'occupant de son jardin d'instincts) - tout cela relevant, en définitive, du hasard, du libre jeu des instincts.
Que la morale soit une erreur ne signifie pas qu'il n'existe pas de morale - bien qu'il n'existe effectivement pas d'en-soi, ce qui permet de prêter aux choses des qualités - mais bien qu'il peut en exister plusieurs (Nietzsche dépasse d'ailleurs la morale au nom de la morale), chacune étant entraînée par un organisme différent qui peut finir par s'imposer à tous les organismes.

Bon. Pis ça me gave, d'un coup. Alors merde, pas d'synthèse.

- La confiance en la raison provient de la morale.
- Altruisme du christianisme = se fuir, s'oublier dans les autres.
- L'augmentation de la science baisse la croyance à la morale et la religion.
- Origine est toujours animal (la crainte entraîne la faculté d'imitation et d'empathie, la vérité est la sécurité).
- La simulation, le mensonge, la dissimulation, la comédie (éloge du jeu, de la "création" d'un personnage - nous ne sommes pas libres) entraînent l'habitude et ainsi la nature grâce au sentiment et à la pensée (sentiment qui perdure dans l'atavisme) ; il faut que, comme dans la Grèce antique, les individus puissent expérimenter des rôles pour barioler la vie.
- Parle d'extra-terrestres et du sacrifice de l'humanité pour la connaissance.
- Des vies différentes signifient des jugements différents (différentes évaluations).
- Le rapport aux choses (dans une pensée) est le même que le rapport aux hommes.
- Se canoniser signifie ne plus s'octroyer le droit de se dépasser (fin de la force).
- Prendre le temps de changer l'évaluation des choses (attendre que la nouvelle soit là et s'en apercevoir).
- Société : baisse du danger (entraîne un mépris de la vérité qui ne s'inscrit pas dans le corps).
- Une philosophie est une histoire (ou pas) d'une l'âme.
- La force et la puissance entraîne la justice et la manière de jouir du sentiment de puissance.
- Se distinguer de l'autre signifie faire de soi "l'autre" souffrant.
- Critique du langage et de la barrière des mots (hasard des mots disponibles venant sur mes "émotions", ce qu'il se passe).
- Nos actes sont toujours inconnus (cf. Montaigne).
- Pistes littéraires suggérées.
- Passion de la connaissance (trouver/inventer), de l'humain qui doit plonger dans la réalité.
- Considérer l'homme comme une grossesse.
- Le fier ne peut simuler.
- Parle de sa moustache (page 218).
- Une action au nom du raisonnable entraîne une perception de l'individu à lui-même comme manquant de force.
- Sado-maso : octroyer à l'autre des droits excite le sentiment de puissance (le maso jouit ainsi de son sentiment de puissance).
- L'altruisme ne peut avoir de nom (individuel, divin, etc.) auquel se relier.
- Le génie fait une oeuvre de son développement.

Une fois, deux fois et trois fois vrai. - Les hommes mentent indiciblement beaucoup, mais ils n’y pensent plus après coup et n’y croient pas en général.

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19 novembre 2006

Nietzsche - Humain, trop humain II


HTHII


Humain, trop humain II
(Nietzsche, Folio Essais, 1878) :
http://johannfr.free.fr/J/viewtopic.php?t=164

Plutôt content d'avoir fini Humain, trop humain. Nietzsche et sa cure scientifico-rationaliste, douche froide pour refroidir les ardeurs de ses premiers livres et faire face à ses désillusions de Bayreuth, me laissent une impression en demi-teinte ; contrairement à ce qu'il dit, Nietzsche n'est pas encore vraiment là, et n'a pas vaincu ce qu'il écrit (de plus, l'oeuvre est un processus, pas un aboutissement - Montaigne l'a bien compris). Trop de mépris dans ce livre, de regret, qui portent une lucidité vide (je crois que lorsque j'entends mes profs parler de Nietzsche, Humain, trop humain est rarement cité). Nietzsche cicatrise, il est convalescent.

'Fin bon, c'est quand même Nietzsche. Je vais écrire en suivant (à peu près) la division du livre.

- Opinions et sentences mêlées >
L'ennemi est la tentation qui guette Nietzsche : le pessimisme romantique, l'éther qui s'écarte du réel suite à une désillusion. Pour lutter contre cette tentation, Nietzsche mobilise la science et le rationnel (la vérité) contre l'art et la morale (métaphysique, religion, foi...). Tout ça ordonné par un instinct de justice.
Nietzsche met à jour une morale purement utilitariste, qui, après avoir oubliée ses fondements (l'intérêt de la société, la paix), se transforme en devoir et passe dans le sang des individus. Néanmoins, l'individu étant un courant constant d'histoire, il provoque des remous dans la morale qui se dresse devant lui - c'est là le moteur du changement et de l'évolution (et c'est ainsi que toute bonne chose étant d'abord une nouveauté lorsqu'elle naît, elle est donc par le fait de sa nouveauté, immorale et en torture le porteur), que Nietzsche légitime avec le thème de l'irresponsabilité totale.
S'ensuit une apologie du "goût", signe de sagesse, car cela montre que l'on sait ce qui est bon (au sens de santé) - ou mauvais (dans le sens du mauvais goût) - pour soi, que l'on a un "soi" (qui, en tant que courant d'histoire, ne cesse de devenir). Mais il ne s'agit pas de s'enfermer dans la contemplation d'un connais-toi toi-même après s'être une fois mouillé dans le flux de la vie, les individus actifs veulent également un "moi", quelque chose à construire. Et donc quelque chose à détruire, pour éclater les corsets et grandir : rapportant cela aux états, Nietzsche critique encore une fois les nationalismes.

Quant aux états, justement, Nietzsche voit d'un oeil méfiant l'avancée de la démocratie (ça me fait penser qu'il dit qu'il faudrait prendre en compte les votes blancs d'ailleurs ^^) et réclame le pouvoir à "ceux qui savent" - non au peuple, ignare et assujetti à la presse (Nietzsche aime pas la presse non plus, la "fausse alerte permanente"). Ce dernier perd du même coup sa place de dépositaire de l'art (non pas parce qu'il en est devenu indigne mais parce qu'il en est indigne - rupture avec les idées précédentes de Nietzsche) et la musique son universalité (elle redevient particulière à une époque).
L'état, lui, pose problème en soi en tant qu'il ne veut pas l'indépendance de sa créature (l'individu - qu'il s'agit justement de délier de ses chaînes ; et tout moyen qui permet de délier "la langue" de l'individu est bon). Ainsi éducation et armée offrent toutes deux des moyens de pseudo-réalisation aux différents types d'individus pouvant menacer la sécurité de la société (donc le rôle de l'état).

- Le voyageur et son ombre >
Le livre s'ouvre et se referme sur un dialogue entre le voyageur et son ombre, tout ce qu'il y a entre est le résultat de ce dialogue - il faut apprendre à aimer l'ombre sans rejeter la lumière, aimer le tout que cela forme.

L'enjeu est de retourner aux petites choses qui nous touchent que les grandes exhortées par la métaphysique et la religion nous font oublier ; et à travers elles : nous. Seulement ces grandes choses ont longtemps eu pour alliés le langage, le sentiment, le libre-arbitre... ; si bien qu'il est facile de s'en croire débarrassé alors que nous en sommes toujours les marionnettes (changer les mots sur un sentiment ne signifie pas que ce sentiment soit maintenant autre - surtout le poison : le "sentiment religieux").

Le libre-arbitre est compris ici comme invention des forts/puissants/dominants, ceux dont le sentiment de la vie est à son apogée (joie) parce qu'ils se meuvent exclusivement dans leurs limites, croyant ainsi être libres là où ils sont justement le plus solidement enchaînés par leur nécessité (passion, raison, écarts...) : mais ils ne sentent plus leurs chaînes à force de l'habitude, ils dansent avec elles (l'artiste, lui, doit créer des chaînes et danser avec).
Néanmoins, cela ne signifie pas que leur vie repose sur une vérité - toute vie peut se briser - mais uniquement que l'erreur est nécessaire, en tant qu'elle permet les sentiments de plaisir et de déplaisir (c'est pourquoi Nietzsche fera également l'éloge de la vanité). Ainsi, tout terrain est apte au bien, il suffit qu'il reçoive une semence qui lui corresponde (l'éducateur ne doit pas être un fanatique du bien mais chercher à transformer la souffrance en joie ; ce qui ne signifie pas écarter la douleur - d'où la répulsion de Nietzsche pour la pitié, car celle-ci a besoin de la souffrance afin de faire croire à l'individu qui la ressent qu'il est bon).

C'est là l'intérêt de la psychologie chez Nietzsche, qui a une fonction morale dans le sens où elle est capable de saisir à la fois le type de terrain et les ressorts du plaisir de ce terrain auquel elle est confrontée. Alliant ceci à une théorie de l'évolution de la société et des individus, Nietzsche tient son arme pour lire le monde (c'est là le sens, sans doute, des critiques culturelles qui parsèment son oeuvre - ce qui est "classique" symbolise la fin et l'énonciation parachevée des vertus d'une époque ; le "romantique" symbolise le regret de cela et s'oppose au devenir) : si au départ la morale était celle de l'intérêt de la société, elle doit maintenant aboutir à une morale du goût individuel (on trouve dans cette partie un éloge de Socrate, d'Epicure, de Montaigne, des moralistes français...).
Nietzsche développe à partir de cela une vision idéale du monde, en tant que diversités de sociétés représentant chacune un climat particulier de civilisations "passées" et dans lesquelles il convient d'envoyer chaque individu selon ses nécessités (le monde comme pharmacie, l'histoire comme pharmacologie, les différentes civilisations étant les remèdes ou les climats favorables aux individus) - étymologiquement "homme" signifie "celui qui mesure".


* Remarques en vrac (c'est le ressurgissement de l'égo) :
- Nietzsche fait appel à des sens étranges : l'odeur des mots, l'oreille... Pas souvent le regard.
- Il parle beaucoup des vaches ! (moi j'ai toujours trouvé qu'une vache, c'est con ; enfin je regarderai si je vois dans l'oeil des vaches "l'expression de l'étonnement arrêté à mi-chemin de la question" ^^).
- Les partisans du libre-arbitre n'ont pas le droit de punir, c'est une contradiction.
- Toute conscience vient de l'enfance et on la détruit lorsque on se demande "pourquoi ?" et "parce que".
- C'est le mystère (religion) qui engendre la pudeur (penser au sexe).
- Théorie de la machine chez Nietzsche (qui déshumanise en cassant le particulier).
- Tout est flux déterminé.

vache








(Les vaches ont parfois l'expression de l'étonnement arrêté à mi-chemin de la question - Nietzsche)

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04 novembre 2006

Nietzsche - Humain, trop humain I


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Humain, trop humain I (Nietzsche, Folio Essais, 1878) :
http://johannfr.free.fr/J/viewtopic.php?t=153

Bon. Il est clair que ce livre marque on ne peut plus clairement la rupture avec Wagner. Et pour cause, nombres de visions et de critiques énoncées dans les précédents livres sont tout simplement renversées : Nietzsche voit l'inutilité de sa précédente démarche qui consistait à hurler contre le monde sans rien pouvoir y changer (surtout après l'échec de Bayreuth). Désormais, il essaye de prendre acte du monde et de ce qu'il dénonçait (particulièrement les sciences) au nom du principe d'évolution, de changement. Nietzsche lutte donc contre lui-même, contre son réactionnisme, et par conséquent il doit renier les amis, les proches qui aimaient cet ancien Nietzsche (c'est là le sens de "l'esprit libre") - on assiste donc à des attaques de l'auteur contre son ancien caractère ainsi que contre tout ce qui pourrait le maintenir (sa mère, sa soeur...) et à l'élaboration d'un certain idéal de caractère qu'il aimerait atteindre (ou exposer à jour).
Cette tension engendre parfois des passages lourds et grossiers, un peu trop dogmatiques, voir contradictoires. Mais également des passages clairvoyants, beaucoup plus nombreux (toutes les fins de chapitres sont belles et synthétiques).

Mise en avant de l'habitude, de la coutume à la manière de Montaigne et de Hume (il inclue aussi le thème de l'hérédité, de l'atavisme - dont des formes anciennes peuvent ressurgir : Schopenhauer par exemple), bien qu'il l'oppose de toute ses forces avec la "vérité" (la coutume procure du plaisir, donc tout le monde en déduit que la vérité est plaisante, et ainsi tourne le cercle vicieux), ce qui lui permet de penser l'inclusion de la nouveauté, de la maladie, comme moteur de l'évolution dans un rapport de forces (coutume/nouveauté).
Se dégage alors une conception de la société comme un corps avec des états de santé : la nouveauté, l'exception étant un virus qui va tester la santé du corps et participer ainsi à son évolution (critique de toutes sortes de sociétés supprimant la nouveauté, se fermant sur elles-mêmes et refusant l'évolution, parce qu'étant trop faibles pour l'intégrer : c'est-à-dire critique des nationalismes - on note une apologie claire du judaïsme à un moment).
Nietzsche, par contre, ne croit plus au rôle de l'Etat et prédit sa future disparition à cause de sa séparation avec la religion (qui lui permettait de revêtir un manteau de légitimité et de se faire obéir, respecter). Du fait de cette séparation, l'Etat est désormais le pur jeu des intérêts individuels, ce qui contribuera à sa ruine et au primat de l'égoïsme de l'individu - qui n'est pas une mauvaise chose en soi selon Nietzsche, il s'agit d'avoir confiance en cela (toute cette vision peut mener à une réflexion sur l'actualité : la fermeture de Sarkozy aussi bien que de Ségolène, tentative de relégitimer le politique au nom de principes, libéralisme, etc.).

Pour justifier l'exception de caractère individuel, Nietzsche développe ce qu'il appelle la doctrine de "l'irresponsabilité totale" - en s'inspirant probablement de Spinoza - qui nie toute liberté de la volonté, car une telle conception confond la cause et l'effet (et donc il tape sur le christianisme, valet de la coutume). En gros, je dirais, une nécessité interne de l'individu qui entre en conflit avec la coutume (son "Moi supérieur" dit Nietzsche : ce qu'il est et qui demande à être à la lumière). D'une certaine façon, donc, l'individu doit accepter son déterminisme et le faire advenir.
Mais, ayant abandonné son langage trop illuminé de l'art, Nietzsche fait prendre de la valeur à la science (on voit un certain positivisme dans sa conception de l'évolution : religion/métaphysique/art/science...), plus exactement à sa méthode "froide" et "objective" (en opposition à la surchauffe qu'entraîne l'art) - qu'il avait fermement critiqué avant. La science reste dangereuse pour la vie qui a besoin de se parer d'illusions (l'avertissement du début du livre est clair à ce propos, c'est le sens du titre), d'où le thème de Dionysos qui repointe timidement par endroits mais plutôt allié à une certaine nostalgie (l'art et l'artiste deviennent en effet quelque chose d'arrièré, qui ramène à la surface d'anciennes périodes de l'histoire, de civilisations, mais ne touche plus à l'en-soi - et il comporte de plus un caractère métaphysique qui inclue avec lui des traces de sentiment engendrés premièrement par la religion). Nietzsche envisage même que l'art ne soit plus nécessaire, tout comme le génie, dont la figure peut également être comprise comme une dangereuse superstition (lorsqu'il est considéré comme un "miracle" au sens religieux).

Nietzsche met également en place dans ce livre ses principes psychologiques. Qui sont plutôt cocasses lorsqu'ils concernent les femmes (mais bon, avec sa soeur, sa mère, Lou Salomé... on peut pas vraiment lui en vouloir ^^). Il est assez curieux, d'ailleurs, que Nietzsche prête consciemment les caractères habituellement masculins aux femmes et vice-versa : il en conclue que si aucun ne s'illusionnait, il verrait qu'il cherche chez l'autre le caractère idéalisé et prolongé de son genre. Par conséquent on peut se demander si l'homosexualité n'est pas finalement une prise de conscience de cela.

Quoi d'autre... Nietzsche, de par sa méthode, dénie absolument toute pureté où que ce soit, dans le sens où quelque chose serait épargné par la bassesse et le crime humain : car chaque idée à une histoire, une genèse. Ce qui lui fait penser, malgré son aristocratie prononcée (^^), une ouverture entre les différentes frontières (par exemple pour le type "européen", ou bien même au niveau des classes sociales) hiérarchisées selon une capacité plus ou moins élevée de souffrance pour l'individu.

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21 octobre 2006

Nietzsche - La vision dionysiaque du monde


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La vision dionysiaque du monde
(Nietzsche, Folio Essais, 1870) :
http://johannfr.free.fr/J/viewtopic.php?t=150

Petit texte de Nietzsche qui peut servir d'introduction à La naissance de la tragédie et qui est resté inconnu de son vivant. Contrairement à ce que laisse supposer le titre, Nietzsche va plutôt tenter de décrire la fusion des deux forces esthétiques grecques (ce qui donne naissance à des passages pas tristes ^^). Il s'enflamme même à un moment en parodiant Rousseau et son mythique "Conscience ! Conscience ! Instinct divin !" ("Pitié, étrange masque de l'instinct vital !" chez Nietzsche) mais le résultat est aussi mauvais que celui de Kant avec le "devoir".

Texte délicat, moins lorsqu'il aborde séparément le dionysiaque et l'apollinien que lorsqu'il tente d'en montrer la fusion. L'attirance de Nietzsche pour le dionysiaque semble créer une sorte de déséquilibre constant en la faveur de celui-ci face à l'apollinien (non pas que la volonté schopenhauérienne ne soit pas le coeur du monde, mais plutôt l'impression que l'apollinien reste illégitimement subordonné au dionysiaque) - mais il n'est sans doute pas aisé de faire une écriture tragique.

Rapidement :
- Traces d'une opposition Nietzsche/Platon car le premier considère que le vrai est laid, répulse, est effrayant (dionysiaque).
- Nietzsche souligne bien que la musique, la poésie, la peinture... ne sont pas des arts en soi mais des moyens au service de l'artiste (donc, par extrapolation, l'art peut surgir dans d'autres domaines).
- Place sur le même plan le sublime et le ridicule (d'où la confusion dûe à l'interprétation qu'on peut faire face à un acte : nommer le ridicule sublime et vice-versa).
- Si les Grecs parvenaient à surmonter leur acuïté pour la souffrance dans l'art apollinien, c'est parce qu'ils désiraient la vie dans sa totalité (d'où leur reconnaissance de la souffrance, de l'absurde, du dionysiaque) et ainsi la plaçait plus haut que tout : leur "volonté" de vivre était puissante. Au contraire, je suppose, du Dieu chrétien qui, par ses reproches, ses impératifs et ses punitions, ne cesse d'appuyer le sentiment d'indignité de l'homme (la Chute, la Faute), le privant ainsi d'une guérison de la vie à la manière apollinienne, tout en diminuant son talent pour la souffrance.

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20 octobre 2006

Nietzsche - Socrate et la tragédie


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Socrate et la tragédie
(Nietzsche, Folio Essais, 1870) :
http://johannfr.free.fr/J/viewtopic.php?t=149

Encore une conférence donnée par Nietzsche en 1870 à la suite du Drame musical grec. Petit texte, mais qui répète pour beaucoup (et plus grossièrement) les thèses énoncées dans La naissance de la tragédie.
La perspicacité de Nietzsche tient peut-être à ce qu'il ne désigne pas comme coupables de la mort de la tragédie des hommes (Socrate et ses disciples les plus grands : Platon et Euripide), mais plutôt des tendances, des forces, des mouvements. Socrate et Euripide sont des points de crystallisation d'une tendance qui s'était infiltrée bien avant eux dans la tragédie grecque par la dialectique (avec Sophocle se devine déjà un déclin de l'art tragique).

L'optimisme est intrinsèque à la dialectique ainsi qu'à la science ('tain je tombe vraiment dans l'analyse moi) et par là s'affronte au pessimisme présent dans la musique. La vague d'optimisme socratique (que Nietzsche situe avant Socrate même) est si forte qu'elle fini par chasser la musique de la tragédie pour aboutir aux calculs de la comédie : croyance aux causes et aux effets qui transforment alors la souffrance du héros en résultante d'un mauvais calcul de celui-ci et pour lequel il est puni (liberté, choix, faute) - alors que dans la tragédie, la musique exprime une irrationnalité de la souffrance, constitutive de la condition humaine (nan mé oh).
On peut déduire aussi que l'optimisme d'Euripide (pour Platon et Socrate, ça me semble plus compliqué) entraîne une démocratisation et une individualisation, une fragmentation du peuple grec (car chacun pense dès lors pouvoir prendre en main sa destinée, si tout n'est qu'un problème de calcul et non d'instinct, d'art).

Nietzsche, en bon grec, s'interroge sur la laideur de Socrate (il est laid parce qu'en lui se crytallisent les instincts scientifiques et non artistiques - Montaigne aussi traite ce problème mais je ne me souviens plus exactement où). Il est aussi important de remarquer - je parle toujours pour moi bien sûr - que Socrate, Euripide et Platon ne sont pas frappés du saut de l'infâmie (pas encore ^^), mais qu'ils jouissent aux yeux de Nietzsche d'une dignité qui inspire le respect : parce que, dans leur domaine, ce sont des génies. On peut en déduire toute la complexité que voit Nietzsche dans le mouvement de l'histoire, chaotique et non pas linéaire : les forces niant la tragédie, même si elles sont vivement critiquée comme impliquant, par déséquilibre (aucun dionysiaque n'est là pour faire face à l'apollinien de Socrate), une série d'évènements malsains (une chute ?), ne sont pas pour autant des choses sur lesquelles on peut facilement agir, ni peut-être sur lesquelles on peut agir ; Nietzsche le remarquera et l'analysera avec Humain, trop humain (nan j'l'ai pas encore lu celui-là, justement à cause de cette rupture ^^).

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19 octobre 2006

Nietzsche - Le drame musical grec


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Le drame musical grec
(Nietzsche, Folio Essais, 1870) :
http://johannfr.free.fr/J/viewtopic.php?t=148

Encore un petit texte, puisqu'il s'agit d'une conférence donnée par Nietzsche en 1870 (il avait encore des étudiants à l'époque :P ) et qui décrit précisément comment fonctionne et se passe une tragédie grecque. Nécessairement intéressant donc, puisque la tragédie grecque semble décidemment avoir produit une vive impression sur Nietzsche - et qu'il y puise ses ressources (non pas que la tragédie grecque lui ait inspiré une vision du monde, mais bien plutôt que la tragédie grecque a exprimé la vision du monde qui dormait en Nietzsche).

Une remarque tout d'abord : dans l'analyse qui faisait suite à Vérité et mensonge au sens extra-moral, on trouve l'idée que la philosophie de Nietzsche est baroque. J'ai donc recherché des oeuvres baroques, mais n'y ai pas du tout retrouvé Nietzsche, en tout cas pas par tous ses aspects (pire, j'ai même vu qu'on pouvait assigner à Montaigne le qualificatif de "baroque"). Or Nietzsche, dans cette conférence, parle justement de la poésie baroque anglo-saxonne en disant que si elle est effectivement dionysiaque, l'imagination des auteurs n'est plus bornée par la musique du choeur (on va pas rentrer dans le détail), ce qui donne lieu à des oeuvres mélancoliques. La mélancolie n'étant ni le but de Nietzsche, ni ce qui se dégage de sa philosophie (encore moins de celle de Montaigne), alors sa philosophie n'est pas baroque (et surtout pas celle de Montaigne !).

On voit Nietzsche s'en prendre, déjà, à la science et à l'érudition, coupables d'avoir, en récupérant l'art, dépossédé le peuple de  ses créations musicales et d'avoir instauré une rupture générant un malaise : si l'art devient morcelé, l'homme le devient également car il ne sait alors plus jouir de toutes ses facultés ensembles, mais seulement une à une.

Houlà, je tombe dans le commentaire et l'analyse moi ! Que je revienne à mes moutons. La capacité des acteurs de ces tragédies est quasiment surhumaine : 10 heures, 1600 vers comprenant environ 6 morceaux à chanter devant 20000 spectateurs exigeants (!).

Nietzsche suggère une inversion intéressante : alors que les Grecs trouvaient le divertissement, la distraction (non, ce n'est pas un mal en soi) dans leur vie de tous les jours et allaient assister à une représentation de manière solennelle, l'Allemand (et donc, nous, aujourd'hui ?) fait exactement l'inverse. La représentation est devenue divertissement, fuite devant soi. La fuite devant soi serait-elle une conséquence du mythe de l'intériorité - puisque pour cela il faut reconnaître un "soi" (et n'est-ce pas ça que l'on voit dans toutes les publicités ?). A creuser.
Cette remarque en entraîne une autre : la complexification de la tragédie (calculs, multiplication des actes...) et l'intégration de l'action, du sérieux, du réel (ordinaire) à celle-ci se ferait parce que l'Allemand (nous) ne vit plus cela dans sa vie de tous les jours, au contraire du Grec, qui n'avait donc pas besoin de voir ces thèmes représentés ? Ou quelque chose comme ça, en tout cas.

Nietzsche souligne aussi que l'appréciation d'une chanson peut se faire soit par l'écoute de la musique de celle-ci soit par l'écoute de son texte (l'on est donc capable d'apprécier distinctement l'un ou l'autre à l'écoute du morceau) : le Grec, lui, aurait vu dans cela une marque de manque de goût, symbolisant la perte de l'alliance naturelle du son et du langage. Légitime ou pas, c'est en tout cas intéressant.

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18 octobre 2006

Nietzsche - Vérité et mensonge au sens extra-moral


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Vérité et mensonge au sens extra-moral
(Nietzsche, Babel, 1873) :
http://johannfr.free.fr/J/viewtopic.php?t=147

Très bon petit livre ! Je me demandais, justement, quel livre de Nietzsche était à même d'introduire un lecteur à celui-ci, de façon pédagogique (ou intuitive) et non didactique (car Nietzsche n'enseigne pas, il éduque).  Ce court livre (il ne dépasse pas 30 pages en étant aéré), non publié par Nietzsche mais dont la rédaction était achevée en 1873, est parfait : il condense, sous une forme simple, des germes importants de la philosophie de Nietzsche - lorsqu'on la connaît un peu (le livre, si on n'est pas déjà familier avec Nietzsche ne se lit pas tout seul, sauf si on sent en l'auteur un ami) -, les directions dans lesquelles il va partir : critique du langage, rapport esthétique de l'homme à la nature, attaque de la morale et de la vérité, primat de la vie, différences entres homme théorique / homme artiste, éloge de l'exubérance, l'intellect comme travestissement, etc.
On trouve, à la fin, une analyse du livre. Je n'ai pas cherché à tout comprendre (les analyses m'ennuient), mais elle sera probablement assez obscure et ardue pour un néophyte - même si elle est intéressante. Bref.

Ce qui frappe, c'est de voir clairement les références philosophiques de Nietzsche (en écrivant ça, je me rends compte que Schopenhauer semble assez absent de ce livre) : Hobbes (pour l'intellect provenant de la faiblesse de l'homme et le contrat social établissant la paix), Rousseau (pour l'incompatibilité exacte concept / réalité à cause de l'oubli des différences), Hume (pour l'habitude qui engendre la croyance) et Kant (pour les formes de l'espace et du temps plaquées sur les objets) - bien évidemment, je ne cite ces auteurs que parce que je les connais un peu et que je sais que Nietzsche les a lu. Il y a même un passage qui rappelle fortement ce que Freud, plus tard, appelera le "ça" (le chaos effrayant en deçà de la conscience).
Il y a aussi une référence qui englobe ce livre, et cette référence, c'est Montaigne. Nietzsche aborde les questions de la même manière, sur les mêmes thèmes : la considération de la philosophie comme poésie, la consolation comme détournement (là, j'extrapole), la surprise devant l'arbitraire des mots, le fou comme rapport privilégié au monde, etc. Mais je ne peux pas m'empêcher de sentir que Nietzsche reste "sous" Montaigne, il n'a pas son expression poétique ni cette manière de jouer avec les limites. Et puis, Nietzsche se demande encore, "comment se fait-il que la vérité soit possible puisque le mensonge est sa terre ?" alors que Montaigne dissoud cette question même, il l'a vaincue également et il est plus serein que Nietzsche (mais bon, qui suis-je ? Je préfère Montaigne, quoi ^^). Différence entre Nietzsche et Montaigne : la vie est vue chez Nietzsche comme flot, tandis que chez Montaigne, tout est vent.

Petite surprise dans la reprise des arguments kantiens sur le temps et l'espace à la fin du premier chapitre, qui semble sonner faux à travers ce texte et ne pas régler clairement le cas de la science. Nietzsche ne revient pas sur ce point dans le second chapitre. A moins que ce ne soit lorsqu'il différencie le stoïcien et l'homme intuitif ? Le premier étant plus dans la science que le second ? ; quoi qu'il en soit, la séparation est trop marquée, mais elle permet de mieux apercevoir les oppositions que Nietzsche tracera (pour, à mon avis, la retravailler dans ses oeuvres futures - il est trop subtil pour vraiment la laisser ainsi. La manière dont il le fera déterminera sa situation face à Montaigne sans doute). D'ailleurs je viens de me rappeler que dans la préface aux Essais, Conche situe Nietzsche sous Montaigne, je pense qu'il a raison (notamment : Montaigne allait vers l'autre) mais que la manière dont il justifie ça est fausse (Montaigne ne retrouve absolument pas une forme morale universelle dans son oeuvre - donc, en bon prétentieux que je suis, je situe provisoirement Nietzsche sous Montaigne et Conche sous Nietzsche [et je vous merde] ^^).

Il est permis d’admirer ici ce puissant génie architecte qu’est l’homme, réussissant à empiler sur des fondations mobiles et pour ainsi dire sur une eau courante une cathédrale conceptuelle infiniment compliquée : pour tenir bon sur de pareilles fondations, l’édifice doit certes consister à sa manière en fils d’araignée assez souples pour suivre la vague et assez solides pour éviter la dislocation au premier vent venu (Nietzsche).

Moy qui me vente d’embrasser si curieusement les commoditez de la vie, et si particulièrement, n’y trouve, quand j’y regarde ainsi finement, à peu près que du vent. Mais quoy, nous sommes par tout vent. Et le vent encore, plus sagement que nous, s’ayme à bruire, à s’agiter, et se contente en ses propres offices, sans désirer la stabilité, la solidité, qualitez non siennes (Montaigne).

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15 octobre 2006

Nietzsche - Considérations inactuelles III et IV


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Considérations inactuelles III et IV
(Nietzsche, Folio Essais, 1874) :
http://johannfr.free.fr/J/viewtopic.php?t=146

Comment souffrons-nous aujourd'hui ? Et si jamais nous n'avons plus besoin de l'art, c'est que nous ne souffrons plus, et, par conséquent, que la vie nous échappe. Et où souffrons-nous aujourd'hui ? Réhabiliter la souffrance.

Hum... Je ne sais pas écrire sur ces Considérations. Ca me semble trop énorme pour le moment. La IVème, sur Wagner, est très intéressante et l'on perçoit encore tous les thèmes à venir, qui pour le moment frappent à la tête de Nietzsche sans parvenir à à sortir pleinement.

Découverte d'un Nietzsche proche du "peuple" - distinction peuple/masse/individu - reconnu comme le véritable artiste et qui s'est vu dépossédé de toutes ses créations. Des thèmes de l'aliénation et de la dépossession de soi, par le truchement du sentiment ; que l'artiste doit réajuster.

Livre permettant de juger notre époque contemporaine. Prévoir une nouvelle section dans le blog.

La recherche permanente, encouragée et espérée d'un "compagnon" ou d'une "compagne" - d'une "âme soeur" - aujourd'hui, vue comme détournement de la souffrance d'un soi n'ayant plus à s'opposer à la société : le "compagnon" comme décharge permettant de supporter la détresse que produit sur soi la société ? Le "compagnon" comme permettant d'assurer le bon fonctionnement social ? Le "compagnon", enfin, comme oeillières sur soi ?

Pourquoi es-tu né maintenant ? Il faut être fort pour croire au hasard. Et, assurément, ce n'est pas la liberté.

Que dit encore Nietzsche ? Il fait de Schopenhauer l'exemplaire du génie et en tire des conclusions sur les qualités du génie - conçu comme somme d'instincts ordonnés par un plus puissant (de là l'idée de l'éducation qu'à Nietzsche). Cette première considération est légèrement moins intéressante que la deuxième, l'artiste, tel que le voit Nietzsche, étant plus puissant. "Wagner", prétexte semblant dépassé par tout ce que conçoit et sent l'auteur. Thèmes aussi de la musique et de la gymnastique (la danse).

Montaigne (lu, donc, à cette époque) est cité aux côtés de Schopenhauer. Goethe semble perdre de la valeur aux yeux de Nietzsche, et Rousseau est déjà pressenti comme ambigü. C'est la vie de Schopenhauer qui intéresse plus Nietzsche que sa philosophie proprement dite.

Ces considérations sont plus matûres que les précédentes. Visions de la culture (qui doit enfanter le génie) et de la nature (qui se dévoile à l'artiste génial dans un mouvement pudique tentant de cacher la nudité dans laquelle elle a été surprise).

Etc.

(que voulez-vous, il me manque encore un instinct centrifuge - et pour des résumés d'oeuvres ou des classements encyclopédiques, get out ; le fond et la forme étant indissociables, donc Nietzsche ne pouvant dire autrement ce qu'il dit, trahir l'un c'est trahir l'autre. Et trahir la sienne, fut-elle faible, c'est se trahir soi)

Bafouillé par Erwann Bleu à 17:33 - Oeuvres lues - Reprises [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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