- Brouillon -

Traits et esquisses, couleurs en friche.

18 novembre 2007

Je suis de ceux qui boîtent et qui claudiquent,
Les à-côtés.
Ceux qui crèveront en s'abrégeant.

De ceux qui fardent par fierté.
Et pleurent doucement, sans résonner,
En étouffant.

Des demis-là, un peu ailleurs,
Les à-la-fois.
Qui ne comprennent pas, et lèvent les yeux.

De ceux blindés.
Qui tournent en rond.
Prêts à cogner.

Ceux qui haïssent et empoisonnent,
Et qui faillissent.
Les échappés, à coup de cutter.

Ceux qui ne savent pas,
Et qui entrouvent, et prêtent l'oreille,
A lire en braille, et décrypter.

Ceux qui se sont réveillés là,
Qui toquent doucement,
Et qui sourient.

Les sur-la-ligne, qui ont mordu,
Aux corps doublés, qui se méprisent,
Les interdits.

De ceux qui freinent sur une pente d'huile,
Un peu-plus-loin, un cran ailleurs.

Ceux qui ne coïncident,
Et ne correspondent,
Pas.

Les déboîtés.

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06 juin 2007

Ce n'est rien qu'une fortuite coïncidence de malentendus commodes reposants sur le pardon de ce que l'on arrive pas à être, et répondant à point nommé à cette mécanique de fond qui ne cesse d'implorer un salut facile par une consolation méprisable. Ce soulageant sophisme est ensuite étendu pour camoufler et bâillonner toute la lâcheté de cet être criard à la fois peureux et misérable, n'attendant alors plus que le vernis de l'habitude produise son effet opiumique et hypocrite, jusqu'à ce qu'il ne lui reste qu'à franchir une infime mais supportable durée, pendant laquelle ses forces seront heureusement trop faibles pour lui jeter pleinement à l'esprit toute son ignominie, pour enfin se délester dans la mort - allons, ne faîtes pas semblant de ne pas comprendre.

Bafouillé par Erwann Bleu à 21:01 - Essais... - Reprises [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 avril 2007

Une gerbe pour la démocratie

Voilà. 22 avril 2007. Les résultats ont parlé. Le taux d'abstention n'a jamais été aussi faible depuis 1974. Le spectre du 21 avril est effacé : les gens ont voté en masse pour les trois gros partis que sont l'UMP, le PS et l'UDF. Ou serait-il plus exact de dire pour Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou ? (je m'en fous, je ne l'ai pas fait, moi).

L'opinion des médias dominants, français comme étrangers, est unanime : au mieux une victoire de la démocratie, au pire quelque chose restant à confirmer. Le matraquage va commencer. La raclée des extrêmes reflète, à en croire une certaine presse, leur vide idéologique ("L'utopie c'est des conneries inventées par les utopistes, si tu veux la porte elle est LA !"). Quoi de plus naturel ? L'électorat s'est déplacé en masse. 44,5 millions d'électeurs, soit 3,5 de plus qu'en 2002 et probablement une des plus grandes participation au vote, si ce n'est la plus grande.

A croire qu'il faut bien incruster dans notre tête que, oui, c'est une victoire de la démocratie. Que, oui, les gens sont de nouveau intéressés par la politique. Oui.

Nous oublierons que les débats n'ont jamais été aussi pauvres. Que les candidats n'ont jamais été confronté à des chercheurs. (Avouez, il faut que nous, électeurs, nous soyons stupides pour avoir remis la politique dans nos coeurs alors que l'on nous prenait pour des truffes incapables de dépasser nos intérêts égoïstes et d'avoir une conscience sociale et politique). Que Sarkozy fut diabolisé comme un Lepen plus présentable. Que Lepen, justement, c'est le spectre du 21 avril 2002 (ou devrais-je dire l'épouvantail ?).

Hé bien, par principe, je dirais le contraire de ce qui se dit. Certes, l'union de la gauche anti-libérale n'a pas aboutie. Aurait-elle aboutie qu'elle n'aurait pas été plus médiatisée, et qu'elle n'aurait sans doute rien changé à ce résultat du premier tour. Encore que si quelqu'un me présentait un sondage SOFRES ou IPSOS demandant aux gens s'ils comptaient sur cet union de la gauche anti-libérale, je réviserais mon jugement : "êtes-vous favorables à une union de la gauche ? Et si oui, voterez-vous dans ce sens-là ?". J'avoue ne pas avoir trouvé ce terme même dans les enquêtes du CEVIPOF (ne soyons pas mesquins, la SOFRES utilise le terme "gauche anti-libérale"... après le résultat de ce premier tour).

Là n'est pas le problème. L'électorat a grandi. Il est tout de même curieux qu'une telle masse d'électeurs, un taux d'abstention aussi faible et une diminution du nombre de partis depuis 2002 ne se ressentent pas du tout sur les petits partis (tous bords confondus). Comme tous les autres, ils devraient en bénéficier et accroître leur électorat. Tout au moins, rester stables. Or non, mis à part la LCR qui a gagné environ 300 000 voix, l'électorat de chaque petit parti a considérablement baissé. L'illusion des statistiques est écartée lorsque l'on regarde le nombre d'individus et pas leur pourcentage.


Oui, je dois étailler. J'étaille donc. J'étaille donc (que de temps de perdu à manquer de confiance en soi). Remontons jusqu'en 1981 (en millions d'électeurs, pas de pourcentages) :

Partis/Années| 1981 | 1988 | 1995 | 2002 | 2007
Les Verts .....| 1,1 ..| 1,1 ..| 1 .....| 1,5 ..| 0,58
LCR .............| / .....| / .....| / ......| 1,2 ..| 1,5
LO ..............| 0,6 ..| 0,6 ..| 1,6 ...| 1,6 ..| 0,49
FN ..............| / .....| 4,3 ..| 4,6 ...| 4,8 ..| 3,8
PC ..............| 4,4 ..| 2 .....| 2,6 ...| 0,96 | 0,7


Et ce n'est pas tout. Regardons le nombre d'électeurs des petits partis. Qu'est-ce qu'un petit parti ? C'est un parti qui obtient moins de 16 % des suffrages exprimés au premier tour (au-delà de 16%, généralement, le parti est compris dans les trois premiers du premier tour, donc dispose de l'influence d'un grand parti). En additionnant le nombre (et pas le pourcentage) de gens ayant préféré voter pour ces partis-là, nous verrons ce qu'il en est de la satisfaction à l'égard des gros partis (PS, RPR en gros). Je remonte jusqu'en 1974.

Années | Electorat des petits partis | Electorat des petits partis sans compter le FN
1974 ...| 6 167 489 ......................| 5 976 568
1981 ...| 8 083 877 ......................| 3 626 955 (je compte le PC à la place ici)
1988 ...| 8 944 260 ......................| 4 568 366
1995 ...| 11 358 669 ....................| 6 787 531
2002 ...| 13 417 790 ....................| 13 417 790 (FN dépasse 16% donc non compté !)
2007 ...| 8 952 334 ......................| 5 117 305



Regardons maintenant uniquement les résultats de l'extrême-gauche (je ne compte pas les Verts dedans) :
1981 : 5 767 826 (PCF + LO + MRG)
1988 : 3 418 469 (PCF + Juquin + LO + MPT)
1995 : 4 333 558 (PCF + LO + POE)
2002 : 4 594 220 (PCF + LO + LCR + PRG + PT)
2007 : 3
300 254 (Bové + LO + PCF + LCR + CNRSP)

Puis de l'extrême-droite :
1988 : 4 375 894 (FN)
1995 : 6 014 373 (FN + MPF)
2002 : 5 471 738 (FN + MNR)
2007 : 4 652 937 (FN + MPF)

Puis de l'abstention :
1974 : 3 876 180 (votes blancs : +356 788)
1981 : 6 882 777 (votes blancs : +477 965)
1988 : 7 119 818 (votes blancs : +622 566)
1995 : 8 646 994 (votes blancs : +882 408)
2002 : 8 359 440 (votes blancs : +995 499)
2007 : 7 218 592 (votes blancs : +534 846)


Alors ? Pour une fois que je peux m'amuser avec les chiffres (soupir nostalgique) :
- Dans le premier tableau, on constate que, mis à part la LCR, le FN, le PC, les Verts et LO n'ont jamais fait de scores aussi bas. Ce score est même inférieur à leur moyenne (!).
- Dans le second tableau, on constate que l'électorat pour les petits partis avait, au moins depuis 1981, tendance à augmenter doucement mais régulièrement (jusqu'à exploser en 2002) alors qu'en 2007 il redescend brutalement sous le niveau de 1995.
- Dans le troisième tableau, l'extrême-gauche, qui avait elle aussi tendance à ramener de plus en plus de voix, se ramasse sous le niveau de... 1988 (son score le plus faible jusque là).
- Dans le quatrième tableau (outre le fait que la France est plus facho que révolutionnaire), l'extrême-droite continue de perdre ses électeurs. Mais est-ce cohérent si l'on considère que depuis 2002, l'extrême-droite aurait dû avoir un regain d'activité ou au moins rester stable ?
- Dans le cinquième tableau, le nombre d'abstentions est redescendu à un niveau équivalent à celui de 1988 tandis que les votes blancs, qui avaient tendance à augmenter, redescendent brutablement.

Comment expliquer cela alors qu'en 2007 trois paramètres qui auraient dû influer sur une augmentation (pas forcément significative, mais au moins une stagnation aux niveaux de 1995 et 2002 - même pour les votes blancs ou les abstentions) de l'électorat de tous les partis les ont au contraire privé de leur électorat, même habituel ? : (très) forte participation, augmentation des inscrits sur les listes électorales et réductions des partis présentés.
On notera également (ça y est, j'écris comme dans mes disserts, merde) que dans la dernière vague d'enquête du CEVIPOF, 29% des sondés estiment ne se reconnaître ni dans la droite ni dans la gauche (au printemps 2006, ils étaient 37% (!) puis ont diminués petit à petit pour se répartir dans les rangs de la gauche modérée, de la droite modérée et du centre) - 29%, c'est quand même pas rien, et le moins qu'on puisse dire, c'est que ces 29% ne se retrouvent pas dans le résultat de ce premier tour.

Vous avez le droit d'avaler que la qualité des débats (quels débats ?) sur les programmes (quels programmes ?) de Sarkozy, Royal et Bayrou leur a fait se rallier les électeurs. Démontons vite-fait l'argument consistant à dire que l'extrême-gauche paye son vide idéologique (qu'elle le paye pour n'avoir pas réussie à s'unifier c'est autre chose) :
1). La LCR est bien un parti d'extrême-gauche (ancien même) et il a augmenté ses voix.
2). L'extrême-droite a bien morflé aussi.

Il y a donc bien eu un "vote utile" dans des proportions non négligeables, et qui se prouve par la désertion de voix envers les petits partis ainsi qu'une diminution des votes blancs (ou nuls) malgré tous les facteurs que nous avons déjà énoncé.
Et d'abord, qu'est-ce que cela signifie "voter utile" ? Cela signifie que l'on va "voter contre" un candidat. Et pour pouvoir faire cela, il faut avoir une estimation des chances qu'ont les candidats d'accéder au second tour : donc se baser sur les sondages, puisque les politiques se basent également sur eux (soit Bayrou/Royal/Sarkozy). Contre Sarkozy, amalgamé à Lepen, le spectre du 21 avril 2002 aidant (votes de l'extrême-gauche) : voter Royal ou Bayrou. Contre Royal ou Bayrou (vote de l'extrême-droite) : voter Sarkozy.

Combien de votes utiles donc ? Evidemment, c'est dur à dire. Les verts ont perdu 1 million d'électeurs, l'extrême-gauche environ autant, l'abstention a perdu aussi 1 million de personnes, l'extrême-droite environ 1 million également, le vote blanc a perdu 400 000 partisans. Soit environ 4,4 millions de personnes "en moins", ce qui fait à peu près 12% des suffrages exprimés. A cela il faudrait rajouter encore le nombre d'inscrits sur les listes électorales anormalement haut par rapport à l'augmentation normale d'inscrits à chaque présidentielles. On atteindrait probablement 16% des suffrages exprimés, au minimum. Il faudrait étudier aussi les intentions de votes si Lepen ou Sarkozy (qui sont apparentés par les médias et les faits) n'étaient pas présents à cette présidentielle.
Bref. Il n'est pas vrai que ce vote soit une victoire de la démocratie et que le spectre du 21 avril soit effacé. Le spectre a agit dès le premier tour cette fois. Il est probable que l'état de la démocratie soit toujours celui du premier tour de 2002, bien que maintenant la peur de Sarkozy-Lepen ait agit comme une contrainte au vote et mis dans le crâne des "utopistes" (les dégoûtés ou les désespérés du fonctionnement de ce système, réclamant autre chose, qui étaient 13 millions en 2002 sans même compter le FN) une bonne dose de "réalisme" - de conformisme, s'entend : l'étouffement de la pensée et des ailleurs auquel ne manqueront pas de participer les médias et que seront trop contents de relayer les gros partis avec cette nouvelle "légitimité" qui vient de leur être donnée au dépend des autres.

Mais bon, si je suis un peu écoeuré, je ne suis pas trop déçu : je n'ai jamais pensé que le vote me donnait un quelconque pouvoir, maintenant c'est clair ^^


Et pour conclure, avec Vaquette qui, cette fois, a tout du visionnaire :

J’aime pas les demi-m’sures, les tièdes, les modérés
Je préfère Evil Skin à Solaar, désolé
J’aime pas les gentilles gens, par peur d’un extrémisme
Qui en cautionnent un autre, libéral, mondialiste

Le Pen a le même rôle pour l’système dominant
Que l’bougnoule pour Le Pen, le rôle du grand méchant
La presse exhibe au peuple Le Pen au pilori
Ça marche, le peuple a peur, et vote World Company

(date de composition : 1994)

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04 avril 2007

Tentative d'une symbolique (I)


Tatoo_Noir_et_Bleu



Dessin inspiré du Cercle du suicide - inspiré seulement. La concentricité des cercles est plus évidente, et le carré que forment les quatre points contient les cercles.

Je ne l'ai pas fait exprès, mais ce dessin est un symbole anti-chrétien : le Christ, en effet, inscrit le carré dans le cercle ; le cercle est un symbole de la perfection divine et le carré symbolise l'humain : le Christ est la perfection qui s'incarne sur la terre.
Hé bien ce sont des conneries. La perfection ne s'incarne pas sur la terre, il n'y a que des cercles qui se brisent à l'intérieur d'un carré. La puissance du carré n'est pas détruite par celle du cercle, comme le ferait le Christ, la puissance du cercle est toujours comprise au sein du carré puisqu'elle provient de lui.

La concentricité des cercles exprime les différents niveaux d'être, dont le dernier niveau cherche toujours à aller se heurter au carré, afin de le briser pour pouvoir y mettre sa forme à la place. Cette dernière tentative se conclut toujours par un échec, la différentiation et l'élévation des niveaux d'être ayant pour base la puissance du carré - allier la figure du cercle et celle du carré symbolise une dynamique de ce genre, que l'une ou l'autre de ces figures disparaissent et toute la dynamique s'arrête.

Alors qu'il est brisé par le carré qui le contient, le cercle se trouve renvoyé à son point de départ, bien qu'il s'agisse encore d'une différentiation d'être qui, comme la première fois, cherchera de nouveau à s'étendre - sans qu'y intervienne aucune notion de verticalité. Et ainsi se continue le mouvement.

Que le cercle se déforme par des pointes tournées vers le milieu des côtés du carré symbolise une tension : à la fois l'attraction exercée par le carré et le refus du cercle d'accepter de renier sa perfection. La perfection n'est qu'une ignorance, un oubli ou un amour de la puissance du carré, et c'est pourquoi elle est toujours première, et toujours présente au sein de ce dernier.

Les couleurs peuvent être aléatoires, bien qu'elles correspondent également à une symbolique.

Et moi j'ai ça sur l'oreille.

Ce n'est encore qu'une esquisse, basée sur le Dictionnaire des symboles. La figure du point est à préciser aussi (le cercle est un point qui s'étend). Les quatre point qui encadrent les cercles peuvent symboliser chacun les quatre éléments (eau, air, terre, feu).

Ce symbole est un symbole de l'incomplétude et du désir éternellement insatisfait immanents à la terre.

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21 décembre 2006

...

On a beau dire. Tout de même. On n'a jamais les mots pour exprimer, ni le génie pour les inventer, ni le temps pour ça. Quant au génie, tout génie qu'il soit, il reste dans son ego - alors il a des beaux mots, mais ce ne sont pas les miens ; ça ne le sera jamais. La seule vie que j'ai, est la mienne.

Je voudrais des mots comme les toiles de Fontana. Le mot qui ne doit sa toile, la forme de sa toile, ses couleurs, le contour de ses traits. Qu'à lui-même.

Je suppose que, pour cela, il faut le haïr, ce langage, le considérer comme une prison. Et concentrer sa haine pour exploser les barreaux ? - exploser le mur. On passe dans la cellule d'à-côté.


"Le langage, n'est pas l'écriture"



Mais je ne suis pas en train de parler. Ni de composer. Mais d'écrire.

Tout ce que je comprime, c'est de l'inexprimable. Je ne veux plus que l'on m'ouvre ma porte, toujours l'on abîme ma serrure et l'on m'empêche de fabriquer ma clef. Est-ce seulement possible ? Je veux dire, l'amour n'est pas un soulagement.



Je veux dire




Plutôt crever que d'être sarcastique envers moi-même. Oui.

Je m'envolerai tout seul, de crainte que mes ailes ne soient pas à moi.


...de crainte que mes ailes ne soient pas à moi...



Il n'y a rien à comprendre.

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13 décembre 2006

Petite interrogation sur Sartre et les femmes


sartr


Sartre était laid. En ce cas, pourquoi a-t-il eu autant de femmes ? se demande-t-on. Il a compensé sa laideur par son génie, les femmes aimaient en Sartre le génie (la morale est sauve, elles aimaient le beau en Sartre)... Ce qui est sûr, c'est qu'elles voyaient autre chose que sa laideur, semble-t-on répondre (ouf).
Il y a plus à parier que si les femmes aimaient Sartre, c'était justement pour le plaisir prit à sa laideur, plaisir au vice - au sens social évidemment - d'une certaine manière (c'est ce qu'il y a de meilleur ^^), qui se délestait de la mauvaise conscience (plus exactement, peut-être, le plaisir prit à la transgresser) grâce à la notoriété de Sartre (il était connu et reconnu - son "génie" si l'on veut). D'où la naissance, ensuite, d'une forme de fascination devant le mélange d'attributs plaisants (la "gentillesse", "l'intelligence"...) avec la laideur : "Il est surprenant que le laid puisse posséder ce genre d'attributs" - mais cette réflexion était seconde (on n'est pas chez Walt Disney).

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23 novembre 2006

Extraction (I)

L'accident d'une autre personne nous offense, il nous ferait sentir notre impuissance, peut-être même notre lâcheté, si nous n'y portions remède.
(Nietzsche, Aurore)

Quelqu'un, un jour, me disait : "Toi, quand tu croises un con, tu as l'impression que c'est de ta faute s'il est con". Et, là, je me souviens de la phrase de Vaquette, disant qu'il est très dur de se mettre véritablement à nu.

En tant qu'ils sont ressorts de l'action, les sentiments d'impuissance et de lâcheté (c'est-à-dire ne pas vouloir paraître lâche ou impuissant à soi-même, et donc, puisqu'il s'agit de paraître, aux autres avant tout) proviennent certainement d'une erreur - mais d'une erreur nocive. Erreur nocive qui, comme toute erreur nocive, provient d'un Dieu qui n'a pas été tué ; et qui s'est constitué en tant que Dieu à partir du moment où l'on a fait l'expérience de son humanité, c'est-à-dire de son appartenance à la condition humaine dans ce qu'elle a d'hasardeux, de douloureux et donc de contradictoire avec elle-même. La nocivité provient dès lors de l'erreur de l'opposition entre force et justice : "ne peut être fort que celui qui est juste".
Ainsi l'épreuve de l'injustice, en tant que celle-ci appartient et est produite par la même sphère contenant jusque-là la justice, entraîne en premier lieu l'idée d'un sentiment de vengeance puis, ce sentiment de vengeance manquant à obtenir réparation - car, par le pouvoir qui nous est imparti, il ne saurait jamais être à la mesure de la perte que nous avons subie, d'autant que le temps continue de s'écouler - il cherche donc un lieu où il pourrait enfin donner libre cours à son action. Lieu qu'il trouve, si sa course reste libre, dans le soi en tant qu'actes (c'est-à-dire précisément ce qui n'est pas soi mais qui devient de ce fait constitué comme soi car refusant la distinction, fut-elle arbitraire, soi/monde-étrange).

Ainsi, le monde-étrange devenant amputé de ce qu'il a "d'étrange" - mais le membre-fantôme restant subsumé sous les concepts "d'autre" ou de "différent" - permet de donner une sphère au sentiment de vengeance. Nécessairement, donc, cette sphère devra être et sera conçu comme injustice.
Injustice dont il s'agira de se venger afin de la réparer et de rétablir la justice - c'est-à-dire un état ancien, passé et définitivement révolu. Devant l'impossibilité temporelle et intrinsèque de la tâche (dûe aux changements ainsi qu'au hasard), le sentiment de vengeance aboutira petit à petit au sentiment de culpabilité provoqué par le sentiment de faiblesse devant l'échec à rétablir la justice (car toute action sera comprise comme profondément insatisfaisante, quelle qu'elle puisse être).

En conséquence, le sentiment de faiblesse, ne cessant de faire grossir et ressentir plus violemment le sentiment de culpabilité et de honte, cherchera non pas à se résoudre lui-même - car le sentiment dominant, celui de la vengeance, reste actif tant que son désir n'est pas satisfait - mais à se masquer dans les actes, c'est-à-dire dans le regard extérieur et dans le paraître corrélés à la sphère de la justice (ce qui signifie la force ressentie comme injuste, la fausse opposition et la fausse hiérarchisation de la justice sur la force). Ainsi tout acte devra s'achever (se clore) dans un simulacre de rétablissement de justice (il sera dans ce cas trop court pour être véritablement significatif) ou bien, si même le simulacre n'arrive à se conclure (dans ce cas l'acte serait trop long), l'acte sera abandonné, à moins que le simulacre ne se dévoile lui-même en tant que simulacre et donc en tant que vengeance par le biais de la punition.

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16 octobre 2006

Le nom et l'idée

Je tors bien plus volontiers une bonne sentence pour la coudre sur moy, que je ne tors mon fil pour l'aller quérir.
(Montaigne, Les Essais, XXVI, De l'institution des enfans)


A quoi peut bien ressembler le rattachement d'une idée à un nom si ce n'est, en arrière-plan, au spectre de l'argument d'autorité ? Et encore, en philosophie, la chose est vraiment indigne - ce n'est là qu'un jeu d'intellectuels, "d'homme théoriques" cherchant à flatter leur égo. Car quel est le terme de toute pensée, si ce n'est la mort même du philosophe ?
Ainsi donc, nous pourrions nous arrêter de chercher ? Chercher d'abord la vérité pour ensuite la réaliser, l'insérer dans les rouages du monde (bien huilés) ? La seule chose à démontrer, en étudiant des auteurs, c'est que ce qui a été dit sur eux est faux et ne convient pas - l'intérêt en est le passe-temps : jouer sur ce qui est vraiment le texte, la pensée et sur ce qui ne l'est pas, peindre l'importance d'un passage ignoré ou encore souligner la place de la virgule dans le texte. Vraiment, quelle est l'utilité du philosophe si son livre ne supplée plus son existence mais la remplace ?

De plus, qu'avons-nous du temps à perdre à défendre une idée qui n'est pas la nôtre ? Il faut bien admettre que si nous voulons qu'un philosophe ait telle idée, ou ne l'ait pas, nous primons sur lui et ferions mieux de tourner nos regards sur nous-mêmes plutôt que de regarder un fantôme (et quelle prétention de croire que nous pourrions mieux dire ce que lui-même a dit). Cela nous éviterait de prendre en grippe un sympathique quidam qui s'en réclamerait - et si par malheur il est aussi érudit que nous, nous tomberions dans une querelle où ni l'un ni l'autre ne serait présent si ce n'est à titre de marionnettiste (peut-être aimons-nous que l'on applaudisse notre talent ? - les prix sont pour les écoliers).
Il est vrai que mettre entre nous-mêmes et l'autre un nom consacré par l'histoire nous permet de masquer nos médiocrités respectives en jouant avec l'ombre d'une gloire dont nous ne savons pas, finalement, d'où elle provient. Etudier un nom de philosophe relève, véritablement, de la logique du divertissement qui nous détache de nous-mêmes. Que m'importe qu'un sot déforme Descartes ? Et plus, que m'importe que l'on veuille s'en réclamer ? Je ne suis pas assez faible pour me laisser battre par un mort, une atrocité au nom de Descartes ou au nom de Dieu reste une atrocité dans laquelle je me trouve pris. N'être attiré ni par la gloire ni par le pouvoir - encore moins au travers d'un autre - voilà qui me suffit, et par où j'étudierai celui qui se présente en face de moi.

Quoi ? Tant de philosophes incompris de leur vivant, et voilà que, morts, la compréhension se révèle enfin ? Je sens ici plus qu'autre chose l'odeur de la mauvaise foi. Pire, les cochons qui jouent avec des perles. Je ne vois à l'étude de la liaison d'un nom et d'une idée que deux excuses : l'amitié (ou la haine, jouant avec les mêmes forces) et la résistance.
Dans la première, qui ne peut comprendre que l'on défend toujours un ami qui est attaqué ? Tout au moins, si l'ami se révèle, finalement, autre, ou je reconnais que ma force n'a pas été assez grande pour le défendre tout en continuant à lui faire confiance, ou ma confiance même est brisée et me voilà renvoyé au deuil, puis à moi-même - afin de ne pas refaire une autre erreur. Quant à la seconde, il s'agit de briser les références d'un pouvoir qui tyrannise, et, par conséquent, de lui retirer son voile afin d'éviter les griffes qui sont dessous - bien évidemment, ça sera toujours moi qui ferai parler l'auteur, et non pas lui qui parle en ma bouche.

Les études n'ayant aucun rapport avec ces deux excuses ne représentent aucun intérêt, si ce n'est celui de jouer avec des codes sociaux pour se tailler une place au soleil, voir même un simple salaire - si l'on accepte de ravaler la philosophie au rang de gagne-pain. Evidemment, l'exercice sert aussi pour les écoliers, afin qu'ils exercent l'acuité de leur jugement (avant que leur mémoire ne se fissure devant la grande diversité des opinions et des mots à l'intérieur des mêmes opinions), mais c'est tout.

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30 septembre 2006

Chloé Delaume, j'habite dans la télévision


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*



Ca y est. Je viens de finir le livre de Chloé Delaume. J'avais vraiment envie de le lire, parce que je l'aime bien, Chloé Delaume - je sais pas trop pourquoi mais on s'en fout comme dirait Nietzsche - et que "la société du spectacle", ça m'intéresse en ce moment. D'ailleurs il faudra que je lise sérieusement Debord, Marx, Deleuze, et Heidegger ; sans oublier Montaigne, sur le divertissement - et Tourgueniev aussi, je sais pas qui c'est mais il est cité par Delaume [erreur de ma part, j'ai confondu Ivan Tourgueniev et Igor Tourgueniev - honte à moi et merci à s.pt.mbr sans. de me l'avoir signalé]

Je me suis pris pour un critique une fois, avec Théolier, et j'ai fait un texte de merde. Donc cette fois-ci, je ne vais pas oublier que je ne suis pas un critique et peut-être que ça ira mieux ; puisque, objectivement, je me fous de savoir si le livre est bien - s'il est objectivement bien. Ou apte à.


22 mois devant la télévision, mettre ainsi son corps en situation, déjà, ça m'impressionne. Le mettre en situation, c'est-à-dire se placer de manière à ce qu'on puisse l'entendre parler, se déformer. De fait, il va se déformer, ce corps, devant le tube cathodique - à tenter de rassasier des pulsions qui ne lui sont plus propres, mais imposées de l'extérieur, par la contrainte du tube cathodique ; il va en parler, lui, de sa souffrance, via une chair en décomposition, boursouflée qui deviendra vite insupportable au téléspectateur - insupportable parce que gênante. De là l'envie, exprimée vers la fin, de sa disparition, de son meurtre (c'est pourquoi Tourgueniev - le compagnon de Delaume - fera une déposition dans les derniers chapitres, parce que ce corps, finalement, n'est plus là).
Le livre fait d'ailleurs constamment référence à Vidéodrome de Cronenberg et se structure dessus, il y a même un chapitre entier sur le film. J'ai vu Vidéodrome, il y a peu, et je n'en avais pas saisi la portée ; je ferai plus attention à Cronenberg maintenant. j'habite dans la télévision est un peu son excroissance littéraire et j'ai toujours été plus sensible au mots.

C'est à la fois triste et effrayant de constater qu'une part de notre cerveau est qualifiée comme "zone du marché" par des scientifiques à la botte de groupes industriels. Et qu'il est scientifiquement étudié pour être infiltré par des pulsions de consommation - au point d'en devenir un réflexe pavlovien. Insidieusement.

Je l'ai senti, vous saisissez, senti imperceptiblement, le cheminement du stimulus jusqu'à cette foutue zone du marché, le détour en boomerang qui rebondit odieux sur le larynx jusqu'à se catapulter en mots par-dessus les dents.


L'analogie de la publicité - et par publicité, il faut entendre la télévision toute entière, ce dernier terme masquant un processus encore plus complexe - avec un sexe qui nous pénètre, un rapport sexuel (qui nous viole ; bien que son but soit effectivement de nous faire ressentir un simulacre de plaisir en s'adressant à une zone du cortex) qui nous englue à tel point que les douches ne suffisent plus pour se débarrasser des sucs devient parlante au fur et à mesure de la lecture.

Pour que le cerveau reptilien soit touché, il est de bon ton que le cerveau limbique connaisse une petite mort. C'est pour cela qu'un message publicitaire a également pour vocation de se reproduire, de façon régulière et rythmée, mais sur un laps de temps qui ne doit pas être trop court.


Et, bien sûr, plus l'on aura l'habitude de voir passer certains messages, certains téléfilms, plus l'on deviendra réceptif au "nouveau" - enfin je dis "on", mais vous aurez compris que le sujet n'existe plus. Même en tant qu'illusion vitale. Il est "raboté", jusqu'à se noyer dans l'indifférenciation à la fois à lui-même (car il a disparu sous les coups de butoir des messages) mais aussi aux autres (transformés, par rapport au monde sécurisant de la télévision, en agresseurs, de par le simple fait de leur surgissement imprévisible dans la vision du téléspectateur - comme un spectacle que l'on aurait pas annoncé). Il ne devient ainsi plus qu'un simple point mobile de relais des opinions dont l'épicentre est son poste.

Lorsque la télévision est coupée, elle parle toujours ailleurs dans plein de quelques parts...


Il est assez saisissant de suivre la transformation de l'auteure, même s'observant elle-même (est-ce possible ?), soumise au flux de la télévision. Bien sûr, l'infiltration des messages télévisés (marketing, politiques...) passent d'abord par la faim - stimulant, selon les scientifiques, la mémoire puisque le sujet se trouve en situation de survie - qui est, physiologiquement, engendrée par les images. Mais peu à peu ces messages vont, en même temps qu'ils diluent le corps et le rapport à soi, restructurer un espace spatial et temporel (un "territoire" comme dit Deleuze, pris à parti par une auteure paniquée lui demandant de l'aide) dans lequel va se dérouler une circulation d'affects morbides et sadiques découlants de l'apathie du téléspectateur : ce dernier ne peut alors plus sortir de la télévision - dont la zone d'action est la zone purement économique, du moins pour un temps équivalent à celui de la durée de vie du corps.
L'apathie, elle, est survenue suite au flot incessant d'informations provoquant, par impuissance ou par une tentative de sauvegarde, une indifférenciation dans le traitement de ces dernières chez le téléspectateur.

Je me sens concernée par tout, absolument tout ce que je vois. Je n'arrive plus à hiérarchiser ce que j'engrange.


Il y a une cassure du désir, un effet désubstantialisant dans l'espace créé par la télévision - d'où la référence à Deleuze (du moins je suppose, ne l'ayant pas encore lu) - qui fait se taire l'individu, qui le fait devenir muet, qui le fait s'éteindre. Il faut aussi que j'ajoute que cette désubstantialisation se produit également sur les corps vus à la télévision, ce qui les transforme en réceptacles propres à accueillir tous les affects sadiques et mordibes d'un téléspectateur qui n'a plus que la mort à projeter sur des objets. Processus ne pouvant remettre en cause la télévision, puisque la télévision est devenue le monde - voir Dieu, en tout cas un démiurge.


Je n'ai pas dit tout ce que je voulais comme je le voulais, mais tant pis. Il me reste à écouter les mp3 sur le site, 06176NSDA, on verra. Ca ira pour l'instant, la suite est en friche dans ma tête. Enfin je cite quand même un passage décontextualisé, il m'a marqué.

Je me pose des questions sous forme d'histoires très courtes, mais toujours le trognon de ma pomme d'Adam crie grâce, des asticots d'angoisse s'agitent strangulation.

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22 septembre 2006

Sisters Of Mercy, brouillon (II)

Je relis La naissance de la tragédie (Nietzsche) et j'avais déjà eu l'impression que la musique des Sisters se rapprochait beaucoup de la philosophie de Schopenhauer (inspirateur de Nietzsche - entre autres) : une musique qui dégage un sentiment d'absurdité, parce que répétitif (les basses, la boîte à rythmes, fonctionnent toujours sur le même schème au long de la chanson). Pourtant, lorsque j'écoute Sisters, je ne me trouve pas plongé dans un état de désespoir - la musique me fait ressentir quelque chose que je n'arrive pas encore à qualifier (mais qui ne se classe ni dans l'espoir ni dans le désespoir).

Cet état ressemble à celui dans lequel j'étais lorsque j'ai eu fini de lire une anthologie de Schopenhauer, parce que sa philosophie (qui est une esthétique) se termine sur une note presque contradictoire, un oxymore : il est inutile et vain de vivre la vie parce que celle-ci n'est que répétition d'une souffrance infinie et indépassable ; pourtant, Schopenhauer nie que le suicide soit un acte échappatoire à cette existence (il affirme le contraire d'ailleurs) et dit voir dans la science une chose pouvant soulager la souffrance - même si c'est impossible.
Sa philosophie se termine sur cette note étrange, comme un point d'interrogation, un problème non résolu.

Bref (vous m'excuserez, je cause aussi pour moi).

Dans La naissance de la tragédie, Nietzsche fait appel à deux forces esthétiques : le dionysiaque et l'apollinien. L'apollinien, c'est le principe d'individuation (ce qui fait qu'un individu est particulier, bien qu'appartenant à un type : le type humain - je pense qu'il faut comprendre l'apollinien comme une singularité qui coupe, isole de l'autre). Le dionysiaque, c'est la force qui casse l'individuation et réunit les "individus" dans un fond commun (l'ivresse de Dionysos - l'Être). La composante de ces deux forces antagonistes trouve son expression parfaite dans la tragédie Grecque (selon Nietzsche).

En gros, c'est ça, je reviendrai sur le dionysiaque après.

Je pense que tout le monde sera d'accord pour dire, qu'au moins dans la période FALAA (avec toutes les démos proche de l'album : Body And Soul, Alice, Temple Of Love, Heartland, On The Wire, etc.), la voix d'Andrew se brise contre quelque chose. Elle est en lutte contre quelque chose (on le sent très bien sur la fin de Some Kind Of Stranger) : ses fameux trémolos, mais qui ne se terminent jamais en pleurs.
Ce contre quoi elle lutte, ce sont les basses, les guitares et la boîte à rythme (bien que l'ensemble, avec la voix, traduise quelque chose, pour moi, d'inséparable et d'insécable - on dirait que tout ça n'a jamais été qu'un, quand la voix se rajoute sur les mélodies, c'est absolument sans accro, c'est enchâssé). Avec leurs mélodies hypnotiques, répétitives, c'est le dionysiaque qui est exprimé. L'apollinien, c'est la voix d'Andrew (superbe) et les textes.

J'explique (ou plutôt Nietzsche explique) :
- Le dionysiaque : c'est le fond de l'Être, la réalité la plus forte qui est absurdité et répétition, qui ne fait que s'engendrer et se détruire elle-même par une Volonté infinie. C'est ce qui fait que l'on éprouve, à un moment ou un autre, la vacuité de tous les Idéaux, de la Vérité et que l'on prend l'absurdité et la vanité de l'existence en pleine face. Derrière ces grands termes, c'est une expérience banale et simple : "à quoi bon ?", "ça sert à rien"... C'est aussi ce qui créé, indéfiniment, les phénomènes (les choses, les individus) : le feu héraclitéen, la prodigalité aveugle et répétitive de la nature, la démesure dans l'ivresse.
- L'apollinien : c'est ce qui s'efforce de mesurer l'individu, pour ne pas qu'il perde sa singularité et qu'il puisse vivre protégé de la terrible vérité dionysiaque (un monde sans sens). Il incarne la maîtrise, l'action aux côtés des phénomènes et en tant que phénomène : quelque chose comme la confiance dans les capacités que l'on possède (science, raison, sentiments) - le "regard solaire" dit Nietzsche - et de l'ordre du Beau. Pour ce que ça vaut, l'apollinien me fait penser à la statue grecque parfaitement proportionnée, un corps finement musclé, etc.

Dionysiaque et Apollinien étant, bien évidemment, comme le yin et le yang : inséparables, chacun se reconnaissant dans l'autre. Leur réunion, exprimée, provoquant le sentiment tragique.

La voix, et les textes d'Andrew, incarnent l'apollinien confronté aux guitares, basses et au doktor dionysiaques. Ainsi, au fur et à mesure que la chanson avance, les éléments hypnotiques et répétitifs ne faiblissent pas, ils sont constants, tandis que la voix d'Andrew se fissure, se brise, est marquée par cette absurdité qui vient détruire son histoire, ses idéaux, lui faire ressentir pleinement sa vanité. Toute la tension provient du fait que la voix d'Andrew reste puissante, elle ne laisse jamais l'instrumental vaincre mais est toujours en lutte, crispée dans son effort de ne pas abandonner. En clair : elle se teinte de dionysiaque (sa voix grave y est prédisposée sans doute) tandis que le dionysiaque finit par se teinter d'apollinien (peut-être les petits filets de guitare entremêlés aux basses et à la boîte à rythme).

First And Last And Always : cette lutte n'a pas de fin. Elle est en équilibre (On the wire, I will not fall). Ainsi, la musique des Sisters serait tragique, en ce qu'elle exprime la jouissance prise à la destruction des phénomènes et la nécessité de la reformation de ces phénomènes comme esthétique permettant de prendre joie de leur continuité. Andrew est le héros tragique aux prises avec la fatalité qui le brise.

Bon, je m'arrêtes là, parce que je suis fatigué. Il y aurait encore des trucs à citer dans les textes et plein de choses à dire. Et puis, je dis peut-être n'importe quoi, je n'ai pas lu grand'chose sur les Sisters.

Tear apart what you believe,
Make a mess of your conviction,
Take away my pride and leave,
Nothing, but the debris



AndrewEldritch

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