15 janvier 2009
Envie et pouvoir
SOCRATE
J’avais donc raison de dire qu’un homme peut faire dans un État ce qu’il lui plaît sans posséder pour cela un grand pouvoir ni faire ce qu’il veut.
POLOS
Comme si toi-même, Socrate, tu n’aimerais pas mieux avoir la liberté de faire dans l’État ce qui te plairait que d’en être empêché, et comme si, en voyant un homme tuer, dépouiller, mettre aux fers qui il lui plairait, tu ne lui portais pas envie !
SOCRATE
Entends-tu qu’il agirait justement ou injustement ?
POLOS
De quelque manière qu’il agisse, ne serait-il pas enviable dans un cas comme dans l’autre ?
SOCRATE
Ne parle pas ainsi, Polos.
POLOS
Pourquoi donc ?
SOCRATE
Parce qu’il ne faut pas envier les gens qui ne sont pas enviables, non plus que les malheureux, mais les prendre en pitié.
POLOS
Quoi ! Penses-tu que les gens dont je parle soient dans ce cas ?
SOCRATE
Comment n’y seraient-ils pas ?
POLOS
Alors quiconque tue qui il lui plaît, quand il le fait justement, te paraît être malheureux et digne de pitié ?
SOCRATE
Non pas, mais il ne me paraît pas enviable.
POLOS
Ne viens-tu pas de dire qu’il était malheureux ?
SOCRATE
Je l’ai dit en effet, camarade, de celui qui a tué injustement, et j’ai ajouté qu’il était digne de pitié. Quant à celui qui tue justement, je dis qu’il ne doit point faire envie.
POLOS
C’est sans doute celui qui meurt injustement qui est digne de pitié et malheureux ?
SOCRATE
Moins que celui qui le tue, Polos, et moins que celui qui meurt justement.
POLOS
Comment cela, Socrate ?
SOCRATE
Le voici : c’est que le plus grand des maux, c’est de commettre l’injustice.
POLOS
Commettre l’injustice, le plus grand des maux ! N’en est-ce pas un plus grand de la subir ?
SOCRATE
Pas du tout.
POLOS
Ainsi toi, tu aimerais mieux subir l’injustice que la commettre ?
SOCRATE
Je ne voudrais ni de l’un ni de l’autre ; mais s’il me fallait absolument commettre l’injustice ou la subir, je préférerais la subir plutôt que de la commettre.
POLOS
Alors toi, tu n’accepterais pas d’être tyran ?
SOCRATE
Non, si tu as de la tyrannie la même idée que moi.
Platon, Gorgias.
30 août 2008
C'est moi
Comment te parler de moi
On s'est connu quand tu es né
Et j'étais déjà bien en toi ce jour là
Je n'ai pas de nom
Mais tant d'années
A me nourrir de toi
Je te servirai, tu en auras besoin
Est-ce que tu sens mes dents serrer ton coeur à l'intérieur ?
Est-ce que tu sens frapper sur les parois ?
Surtout ne t'inquiète pas pour ça
Je ne te dérangerai pas
Mais je te ferai juste oser les combats
Je suis du vent, du mauvais temps
Des larmes et des embruns
Et j'ai tant de visages à travers le tien
Je prends la main qui veut bien assommer les chagrins
Briser les liens ou attaquer les trains
Et c'est moi qui dit non
Tout au fond de ton âme
Je suis de ce qui monte en toi quand rien ne va
Et moi je suis venu chez toi
Pour occuper des lieux fermés
En passager qui voudrait te sauver
J'ai marché sur des forteresses
J'ai renversé des rois
Quand tu cries, celui qui parle c'est moi
Derrière la colère et l'espoir, le devoir et l'envie
C'est moi qui suis caché, qui te conduis
Je suis l'esprit qu'on réveille
A trop longtemps se priver
Je suis de tous les conflits
Et quand les révoltes sont là
C'est moi qui parle à chaque fois
Comment te parler de moi
On s'est connu quand tu es né
Je suis comme un alien allié
Moi je suis là pour toi.
Blankass, C'est moi.
08 juillet 2007
Giacometti, La main

Alberto Giacometti.
31 mai 2007
Contre tout ce blog
"L'idée de "se réaliser" implique trop souvent que l'on porte en soi une originalité rare, incommunicable - le romantisme a beaucoup fait pour le succès de ce narcissisme immature."
Le Vigan in Eléments.
01 mai 2007
Nietzsche et le déplacement de l'art
"Ce que l'on doit apprendre des artistes. - [...] Car chez eux, cette force subtile qui leur est propre s'arrête d'ordinaire là où s'arrête l'art et où commence la vie ; mais nous, nous voulons être les poètes de notre vie"
Nietzsche, Le gai savoir.
16 mars 2007
Ethique
"Tous au fond de vous, au fond de vos coeurs, bien profond, vous avez tous un comptable, une montre, un petit paquet de merde."
ArIsTiDhA, en signature au bas de ses messages.
09 février 2007
Lost
Pourras-tu le faire I'M LOST
Pourras-tu le dire I'M LOST
Tu dois tout essayer I'M LOST
Tu dois revenir I'M LOST
Tu dois voir plus loin I'M LOST
Tu dois revenir I'M LOST
Egaré en chemin I'M LOST
Tu verras le pire I'M LOST
Pour trouver le sud I'M LOST
Sans perdre le nord I'M LOST
Après les certitudes I'M LOST
Au-delà des bords I'M LOST
I'm lost but I'm not stranded yet
I'm lost but I'm not stranded yet
Dans les yeux des femmes I'M LOST
Dans la marie-jeanne I'M LOST
Dans la techno-cité I'M LOST
Pour manipulés I'M LOST
Grand combat de chairs I'M LOST
Colline enflammée I'M LOST
Dans l'ombre ou la lumière I'M LOST
Pôle halluciné I'M LOST
Pour courir ventre à terre I'M LOST
Brouillard et fumée I'M LOST
Consommer consumer I'M LOST
Recracher de l'air I'M LOST
Dans le dérisoire I'M LOST
Dans les accessoires I'M LOST
Dans le feu des possibles I'M LOST
Au cœur de la cible I'M LOST
Dans la paranoïa I'M LOST
Dans la schizophrénia I'M LOST
Un maniacopéra I'M LOST
Pharmacopérave I'M LOST
I'm lost but I'm not stranded yet
I'm lost but I'm not stranded yet
Entre les dérapages
Entre les lignes d'orages
Entre temps entre nous
Et entre chien et loup
Au maximum du voltage
A peine est passé le message
Au fil du rasoir
Encore une fois c'est la vie qui s'entête
Acharnée au-delà des images qu'on reflète
Chacal, charogne, chaman, sachem
Magie noire ou blanche inscrite à la Sacem
Des poumons d'or
Belphégor
Ici, maintenant, à la vie, à la mort
N'oublie pas ton sourire pour ce soir si tu sors
Un jury t'attend n'injurie pas le sort
Entre les dérapages
Entre les lignes d'orages
Entre temps entre nous
Et entre chien et loup
Au maximum du voltage
A peine est passé le message
Au fil du rasoir
Dans les corridors I'M LOST
Sur les baies vitrées I'M LOST
Des insectes écrasés I'M LOST
Qui cherchaient de l'or I'M LOST
Dans les ministères I'M LOST
Dans les monastères I'M LOST
Dans les avalanches I'M LOST
Au bout de la planche I'M LOST
Des combats d'autorité I'M LOST
Des conflits d'intérêts I'M LOST
Des types ignifugés I'M LOST
Veulent ma fusée I'M LOST
Des désenchanteurs I'M LOST
Un train à quelle heure I'M LOST
Des pirates des corsaires I'M LOST
Sans aucun repaire I'M LOST
Tu dois voir plus loin I'M LOST
Tu dois revenir I'M LOST
Tu dois tout essayer I'M LOST
Tu dois devenir I'M LOST
I'm lost but I'm not stranded yet
I'm lost but I'm not stranded yet
Noir Désir, Lost.
07 janvier 2007
Erotisme
"Et je lui dis quelque chose à l'oreille, juste au milieu, entre les mèches blondes, folles et emmêlées de ses cheveux."
Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra.
"Edwarda étrangère, un ciel étoilé, vide et fou, sur nos têtes : je pensai vaciller mais je marchai."
Bataille, Madame Edwarda.
17 novembre 2006
Manifeste
Je vis pour l’porn, la vérité à nue
J'bande pour des gosses, frappés, violés, vendus
Et malgré ça j’gerbe sur les crimes mesquins
Des guerres, du beauf’ qui tire sur son voisin
Je hais l’médiocre, le moyen, le vulgaire
Dominique A, Néri, M, La Tordue, Sinclair
(Et puis, tant d’autres qui n’riment pas et qui pourtant auront des subventions et la faveur de la critique ou bien l’argent des producteurs et les faveurs du grand public)
Quant à choisir Mesrine ou Cyrano
Je prends Lacenaire, assassin, mégalo
Et à Pékin, j’s’rais sans doute interdit
Chantant les louanges d’la démocratie
Ce beau système qui a su créer
La Star Ac’, Mickaël Youn, Le Pen, ED l’épicier
Mais j’suis ici et j’vois les jeunes clochards
La guerre du Golfe, le tiers monde, les mitards
Et m’sieur Dupont votant pour son confort
Marchant vers l’urne en piétinant les morts
J’voudrais crever, crever
Pour tout linceul, un drapeau noir
J’voudrais crever, crever
J’le r’peindrais en bleu, blanc, rouge
J’aime pas l’noir
Partout l’opinion piétine la Vérité
J’entends jamais une phrase qui ne soit préjugés
Mais j’vois des moutons fiers de leurs lieux communs
Croyant savoir penser quand ils suivent comme des chiens
Je hais cette jeunesse qui bosse pour réussir
Les Sarko-Chevènement qui vivent pour interdire
Triomphe Bêtise, la presse est à tes pieds
Hommes vous êtes pire que nuls, vous êtes petits et laids (Et moi, moi, j’veux être Grand et Beau)
Et puis crever, crever
Pour tout linceul, un drapeau noir
J’voudrais crever, crever
J’le r’peindrais en bleu, blanc, rouge
J’aime pas l’noir
J’encule tous les ultra violents grégaires
Black block, skin-heads, caillera, ou militaires
Qui veulent nous faire croire que c’est en tapant
Qu’on s’ra p’t-être morts, mais plus intelligents
J’encule tous ceux qui peuvent pas les sacquer
Leur seule philosophie, c’est la lâcheté
Et j’sais d’quoi j’parle, c’est pour ça qu’je survis
Car seule la peur d’la mort compense le dégoût d’la vie
J’voudrais crever, crever
Pour tout linceul, un drapeau noir
J’voudrais crever, crever
J’’le r’peindrais en violet,
couleur du chakra coronal
Comme ça ça f'ra plaisir à ma maman, et puis aussi, ça f'ra plaisir à Richard Gere,
Et après, j'enculerai ma maman pendant qu'elle sucera Richard Gere
Je crois en l’art, et même en la culture
J’ai beaucoup d’mal ‘vec les cons purs et durs
Presqu’autant qu’avec ceux qui trouvent que l’art ça fait bien
Comme sujet d’discussion dans un dîner mondain
Mais c’est pas une caresse, c’est un poing dans la gueule
Pas un bon r’pas, un Mac Do’ qu’on dégueule
Sade ou Van Gogh voulaient pas faire « jeuli »
Comme les Bérus, y poussaient juste un cri
Avant d'crever, crever
Pour tout linceul, un drapeau noir
J’voudrais crever, crever
J’le r’peindrais en bleu, blanc, rouge
J’aime pas l’noir
Quant j’vois des pauvres incultes, bêtes et bornés
J’suis à deux doigts d’m’inscrire à l’UMP
Arrive Sarko, sa matraque à la main
Et j’me sauve en courant, bordel, l’homme est crétin
Je sais, je sais, je r’ssors tous les poncifs
Céline, Choron ou Nietzsche, pourquoi pas Pif ?
Que j’suis dérisoire en chanteur pas content
Mais l’homme, Dieu, la vie, sont dérisoires également
Autant crever, crever
Pour tout linceul, un drapeau noir
J’voudrais crever, crever
J’le r’peindrais avec une belle croix gammée
Non parce que personnellement j'aime pas beaucoup les croix gammées,
Mais à tous les coups ça fout un grand malaise,
Et ça, les grands malaises, j'aime bien ça
En plus j’emmerde tous ceux qu’aim’ront pas cette chanson
J’emmerde aussi tous ceux qui l’aim’ront
T’es d’accord avec moi ? Tant mieux pour toi
Mais moi j’s’rai jamais, jamais d’accord avec
toi
J’déteste tout le monde et plus j’regarde mon
chien
Plus j’le déteste aussi, je sais, c’est pas humain
Et si j’survis, c’est pour Martin Eden
Parc’que si l’homme c’est vous, là, ça vaut plus la peine
J’voudrais crever, crever
Pour tout linceul, un drapeau noir
J’voudrais crever, crever
J’le r’peindrais en bleu, blanc, rouge
J’aime pas l’noir
Vaquette, Manifeste.
03 novembre 2006
Freud et l'impuissance de la psychanalyse
"Aussi grandes que soient la plasticité de la vie psychique et la possibilité de raviver des états anciens, tout ne peut pas être ranimé. Certaines modifications semblent définitives, correspondent à des formations de cicatrices à la suite de processus achevés. D'autre fois, on a l'impression d'une pétrification générale de la vie psychique ; les processus psychiques qu'on pourrait très bien diriger vers d'autres voies semblent incapables d'abandonner les voies anciennes. Mais peut-être est-ce la même chose simplement envisagée d'un autre point de vue. Beaucoup trop souvent, on croit sentir qu'il manque seulement à la thérapie l'énergie pulsionnelle nécessaire pour imposer le changement. Une certaine dépendance, une certaine composante pulsionnelle est trop forte en comparaison des forces adverses que nous pouvons mobiliser. Il en est ainsi, d'une façon tout à fait générale, pour les psychoses. Nous les comprenons suffisamment pour savoir où il faudrait poser les leviers, mais ils ne pourraient soulever cette charge. Là-dessus se greffe même l'espoir qu'à l'avenir la connaissance des effets hormonaux - vous savez ce que c'est - nous prêtera les moyens de lutter victorieusement contre les facteurs quantitatifs des maladies, mais aujourd'hui nous en sommes bien loin."
Freud, Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse.
