30 avril 2007
Une gerbe pour la démocratie
Voilà. 22 avril 2007. Les résultats ont parlé. Le taux d'abstention n'a jamais été aussi faible depuis 1974. Le spectre du 21 avril est effacé : les gens ont voté en masse pour les trois gros partis que sont l'UMP, le PS et l'UDF. Ou serait-il plus exact de dire pour Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou ? (je m'en fous, je ne l'ai pas fait, moi).
L'opinion des médias dominants, français comme étrangers, est unanime : au mieux une victoire de la démocratie, au pire quelque chose restant à confirmer. Le matraquage va commencer. La raclée des extrêmes reflète, à en croire une certaine presse, leur vide idéologique ("L'utopie c'est des conneries inventées par les utopistes, si tu veux la porte elle est LA !"). Quoi de plus naturel ? L'électorat s'est déplacé en masse. 44,5 millions d'électeurs, soit 3,5 de plus qu'en 2002 et probablement une des plus grandes participation au vote, si ce n'est la plus grande.
A croire qu'il faut bien incruster dans notre tête que, oui, c'est une victoire de la démocratie. Que, oui, les gens sont de nouveau intéressés par la politique. Oui.
Nous oublierons que les débats n'ont jamais été aussi pauvres. Que les candidats n'ont jamais été confronté à des chercheurs. (Avouez, il faut que nous, électeurs, nous soyons stupides pour avoir remis la politique dans nos coeurs alors que l'on nous prenait pour des truffes incapables de dépasser nos intérêts égoïstes et d'avoir une conscience sociale et politique). Que Sarkozy fut diabolisé comme un Lepen plus présentable. Que Lepen, justement, c'est le spectre du 21 avril 2002 (ou devrais-je dire l'épouvantail ?).
Hé bien, par principe, je dirais le contraire de ce qui se dit. Certes, l'union de la gauche anti-libérale n'a pas aboutie. Aurait-elle aboutie qu'elle n'aurait pas été plus médiatisée, et qu'elle n'aurait sans doute rien changé à ce résultat du premier tour. Encore que si quelqu'un me présentait un sondage SOFRES ou IPSOS demandant aux gens s'ils comptaient sur cet union de la gauche anti-libérale, je réviserais mon jugement : "êtes-vous favorables à une union de la gauche ? Et si oui, voterez-vous dans ce sens-là ?". J'avoue ne pas avoir trouvé ce terme même dans les enquêtes du CEVIPOF (ne soyons pas mesquins, la SOFRES utilise le terme "gauche anti-libérale"... après le résultat de ce premier tour).
Là n'est pas le problème. L'électorat a grandi. Il est tout de même curieux qu'une telle masse d'électeurs, un taux d'abstention aussi faible et une diminution du nombre de partis depuis 2002 ne se ressentent pas du tout sur les petits partis (tous bords confondus). Comme tous les autres, ils devraient en bénéficier et accroître leur électorat. Tout au moins, rester stables. Or non, mis à part la LCR qui a gagné environ 300 000 voix, l'électorat de chaque petit parti a considérablement baissé. L'illusion des statistiques est écartée lorsque l'on regarde le nombre d'individus et pas leur pourcentage.
Oui, je dois étailler. J'étaille donc. J'étaille donc (que de temps de perdu à manquer de confiance en soi). Remontons jusqu'en 1981 (en millions d'électeurs, pas de pourcentages) :
Partis/Années| 1981 | 1988 | 1995 | 2002 | 2007
Les Verts .....| 1,1 ..| 1,1 ..| 1 .....| 1,5 ..| 0,58
LCR .............| / .....| / .....| / ......| 1,2 ..| 1,5
LO ..............| 0,6 ..| 0,6 ..| 1,6 ...| 1,6 ..| 0,49
FN ..............| / .....| 4,3 ..| 4,6 ...| 4,8 ..| 3,8
PC ..............| 4,4 ..| 2 .....| 2,6 ...| 0,96 | 0,7
Et ce n'est pas tout. Regardons le nombre d'électeurs des petits partis. Qu'est-ce qu'un petit parti ? C'est un parti qui obtient moins de 16 % des suffrages exprimés au premier tour (au-delà de 16%, généralement, le parti est compris dans les trois premiers du premier tour, donc dispose de l'influence d'un grand parti). En additionnant le nombre (et pas le pourcentage) de gens ayant préféré voter pour ces partis-là, nous verrons ce qu'il en est de la satisfaction à l'égard des gros partis (PS, RPR en gros). Je remonte jusqu'en 1974.
Années | Electorat des petits partis | Electorat des petits partis sans compter le FN
1974 ...| 6 167 489 ......................| 5 976 568
1981 ...| 8 083 877 ......................| 3 626 955 (je compte le PC à la place ici)
1988 ...| 8 944 260 ......................| 4 568 366
1995 ...| 11 358 669 ....................| 6 787 531
2002 ...| 13 417 790 ....................| 13 417 790 (FN dépasse 16% donc non compté !)
2007 ...| 8 952 334 ......................| 5 117 305
Regardons maintenant uniquement les résultats de l'extrême-gauche (je ne compte pas les Verts dedans) :
1981 : 5 767 826 (PCF + LO + MRG)
1988 : 3 418 469 (PCF + Juquin + LO + MPT)
1995 : 4 333 558 (PCF + LO + POE)
2002 : 4 594 220 (PCF + LO + LCR + PRG + PT)
2007 : 3 300 254 (Bové + LO + PCF + LCR + CNRSP)
Puis de l'extrême-droite :
1988 : 4 375 894 (FN)
1995 : 6 014 373 (FN + MPF)
2002 : 5 471 738 (FN + MNR)
2007 : 4 652 937 (FN + MPF)
Puis de l'abstention :
1974 : 3 876 180 (votes blancs : +356 788)
1981 : 6 882 777 (votes blancs : +477 965)
1988 : 7 119 818 (votes blancs : +622 566)
1995 : 8 646 994 (votes blancs : +882 408)
2002 : 8 359 440 (votes blancs : +995 499)
2007 : 7 218 592 (votes blancs : +534 846)
Alors ? Pour une fois que je peux m'amuser avec les chiffres (soupir nostalgique) :
- Dans le premier tableau, on constate que, mis à part la LCR, le FN, le PC, les Verts et LO n'ont jamais fait de scores aussi bas. Ce score est même inférieur à leur moyenne (!).
- Dans le second tableau, on constate que l'électorat pour les petits partis avait, au moins depuis 1981, tendance à augmenter doucement mais régulièrement (jusqu'à exploser en 2002) alors qu'en 2007 il redescend brutalement sous le niveau de 1995.
- Dans le troisième tableau, l'extrême-gauche, qui avait elle aussi tendance à ramener de plus en plus de voix, se ramasse sous le niveau de... 1988 (son score le plus faible jusque là).
- Dans le quatrième tableau (outre le fait que la France est plus facho que révolutionnaire), l'extrême-droite continue de perdre ses électeurs. Mais est-ce cohérent si l'on considère que depuis 2002, l'extrême-droite aurait dû avoir un regain d'activité ou au moins rester stable ?
- Dans le cinquième tableau, le nombre d'abstentions est redescendu à un niveau équivalent à celui de 1988 tandis que les votes blancs, qui avaient tendance à augmenter, redescendent brutablement.
Comment expliquer cela alors qu'en 2007 trois paramètres qui auraient dû influer sur une augmentation (pas forcément significative, mais au moins une stagnation aux niveaux de 1995 et 2002 - même pour les votes blancs ou les abstentions) de l'électorat de tous les partis les ont au contraire privé de leur électorat, même habituel ? : (très) forte participation, augmentation des inscrits sur les listes électorales et réductions des partis présentés.
On notera également (ça y est, j'écris comme dans mes disserts, merde) que dans la dernière vague d'enquête du CEVIPOF, 29% des sondés estiment ne se reconnaître ni dans la droite ni dans la gauche (au printemps 2006, ils étaient 37% (!) puis ont diminués petit à petit pour se répartir dans les rangs de la gauche modérée, de la droite modérée et du centre) - 29%, c'est quand même pas rien, et le moins qu'on puisse dire, c'est que ces 29% ne se retrouvent pas dans le résultat de ce premier tour.
Vous avez le droit d'avaler que la qualité des débats (quels débats ?) sur les programmes (quels programmes ?) de Sarkozy, Royal et Bayrou leur a fait se rallier les électeurs. Démontons vite-fait l'argument consistant à dire que l'extrême-gauche paye son vide idéologique (qu'elle le paye pour n'avoir pas réussie à s'unifier c'est autre chose) :
1). La LCR est bien un parti d'extrême-gauche (ancien même) et il a augmenté ses voix.
2). L'extrême-droite a bien morflé aussi.
Il y a donc bien eu un "vote utile" dans des proportions non négligeables, et qui se prouve par la désertion de voix envers les petits partis ainsi qu'une diminution des votes blancs (ou nuls) malgré tous les facteurs que nous avons déjà énoncé.
Et d'abord, qu'est-ce que cela signifie "voter utile" ? Cela signifie que l'on va "voter contre" un candidat. Et pour pouvoir faire cela, il faut avoir une estimation des chances qu'ont les candidats d'accéder au second tour : donc se baser sur les sondages, puisque les politiques se basent également sur eux (soit Bayrou/Royal/Sarkozy). Contre Sarkozy, amalgamé à Lepen, le spectre du 21 avril 2002 aidant (votes de l'extrême-gauche) : voter Royal ou Bayrou. Contre Royal ou Bayrou (vote de l'extrême-droite) : voter Sarkozy.
Combien de votes utiles donc ? Evidemment, c'est dur à dire. Les verts ont perdu 1 million d'électeurs, l'extrême-gauche environ autant, l'abstention a perdu aussi 1 million de personnes, l'extrême-droite environ 1 million également, le vote blanc a perdu 400 000 partisans. Soit environ 4,4 millions de personnes "en moins", ce qui fait à peu près 12% des suffrages exprimés. A cela il faudrait rajouter encore le nombre d'inscrits sur les listes électorales anormalement haut par rapport à l'augmentation normale d'inscrits à chaque présidentielles. On atteindrait probablement 16% des suffrages exprimés, au minimum. Il faudrait étudier aussi les intentions de votes si Lepen ou Sarkozy (qui sont apparentés par les médias et les faits) n'étaient pas présents à cette présidentielle.
Bref. Il n'est pas vrai que ce vote soit une victoire de la démocratie et que le spectre du 21 avril soit effacé. Le spectre a agit dès le premier tour cette fois. Il est probable que l'état de la démocratie soit toujours celui du premier tour de 2002, bien que maintenant la peur de Sarkozy-Lepen ait agit comme une contrainte au vote et mis dans le crâne des "utopistes" (les dégoûtés ou les désespérés du fonctionnement de ce système, réclamant autre chose, qui étaient 13 millions en 2002 sans même compter le FN) une bonne dose de "réalisme" - de conformisme, s'entend : l'étouffement de la pensée et des ailleurs auquel ne manqueront pas de participer les médias et que seront trop contents de relayer les gros partis avec cette nouvelle "légitimité" qui vient de leur être donnée au dépend des autres.
Mais bon, si je suis un peu écoeuré, je ne suis pas trop déçu : je n'ai jamais pensé que le vote me donnait un quelconque pouvoir, maintenant c'est clair ^^
Et pour conclure, avec Vaquette qui, cette fois, a tout du visionnaire :
J’aime pas les demi-m’sures, les tièdes, les modérés
Je préfère Evil Skin à Solaar, désolé
J’aime pas les gentilles gens, par peur d’un extrémisme
Qui en cautionnent un autre, libéral, mondialiste
Le Pen a le même rôle pour l’système dominant
Que l’bougnoule pour Le Pen, le rôle du grand méchant
La presse exhibe au peuple Le Pen au pilori
Ça marche, le peuple a peur, et vote World Company
(date de composition : 1994)
14 avril 2007
* L'envie d'expérimentation est niée par l'obsession sociale de la recherche d'identité - que cette dernière vienne d'autrui ou de nous-mêmes.
04 avril 2007
Quand on me demande "mais qu'est-ce que tu veux ?", je me tais. Je ne sais peut-être pas ce que je veux, je ne sais que ce que je ne veux pas. Ou alors je ne sais pas comment dire, peut-être que je manque d'imagination ou que ça ne peut pas s'exprimer comme ça, avec ce qui n'est pas à moi. Mais si je n'avais pas lu Les Essais, je n'aurais probablement jamais su que je les voulais. Moi, je ne sais pas ce que je veux, je découvre ce que je voulais. Et sûrement aussi que je voulais. Et que c'est assez différent de ce que je croyais.
...
hm...
"Encore faut-il savoir ce que l'on veut. Et que l'on veut quelque chose" - Nietzsche.
Tentative d'une symbolique (I)

Dessin inspiré du Cercle du suicide - inspiré seulement. La concentricité des cercles est plus évidente, et le carré que forment les quatre points contient les cercles.
Je ne l'ai pas fait exprès, mais ce dessin est un symbole anti-chrétien : le Christ, en effet, inscrit le carré dans le cercle ; le cercle est un symbole de la perfection divine et le carré symbolise l'humain : le Christ est la perfection qui s'incarne sur la terre.
Hé bien ce sont des conneries. La perfection ne s'incarne pas sur la terre, il n'y a que des cercles qui se brisent à l'intérieur d'un carré. La puissance du carré n'est pas détruite par celle du cercle, comme le ferait le Christ, la puissance du cercle est toujours comprise au sein du carré puisqu'elle provient de lui.
La concentricité des cercles exprime les différents niveaux d'être, dont le dernier niveau cherche toujours à aller se heurter au carré, afin de le briser pour pouvoir y mettre sa forme à la place. Cette dernière tentative se conclut toujours par un échec, la différentiation et l'élévation des niveaux d'être ayant pour base la puissance du carré - allier la figure du cercle et celle du carré symbolise une dynamique de ce genre, que l'une ou l'autre de ces figures disparaissent et toute la dynamique s'arrête.
Alors qu'il est brisé par le carré qui le contient, le cercle se trouve renvoyé à son point de départ, bien qu'il s'agisse encore d'une différentiation d'être qui, comme la première fois, cherchera de nouveau à s'étendre - sans qu'y intervienne aucune notion de verticalité. Et ainsi se continue le mouvement.
Que le cercle se déforme par des pointes tournées vers le milieu des côtés du carré symbolise une tension : à la fois l'attraction exercée par le carré et le refus du cercle d'accepter de renier sa perfection. La perfection n'est qu'une ignorance, un oubli ou un amour de la puissance du carré, et c'est pourquoi elle est toujours première, et toujours présente au sein de ce dernier.
Les couleurs peuvent être aléatoires, bien qu'elles correspondent également à une symbolique.
Et moi j'ai ça sur l'oreille.
Ce n'est encore qu'une esquisse, basée sur le Dictionnaire des symboles. La figure du point est à préciser aussi (le cercle est un point qui s'étend). Les quatre point qui encadrent les cercles peuvent symboliser chacun les quatre éléments (eau, air, terre, feu).
Ce symbole est un symbole de l'incomplétude et du désir éternellement insatisfait immanents à la terre.
