- Brouillon -

Traits et esquisses, couleurs en friche.

30 septembre 2006

Chloé Delaume, j'habite dans la télévision


Jhdlt


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Ca y est. Je viens de finir le livre de Chloé Delaume. J'avais vraiment envie de le lire, parce que je l'aime bien, Chloé Delaume - je sais pas trop pourquoi mais on s'en fout comme dirait Nietzsche - et que "la société du spectacle", ça m'intéresse en ce moment. D'ailleurs il faudra que je lise sérieusement Debord, Marx, Deleuze, et Heidegger ; sans oublier Montaigne, sur le divertissement - et Tourgueniev aussi, je sais pas qui c'est mais il est cité par Delaume [erreur de ma part, j'ai confondu Ivan Tourgueniev et Igor Tourgueniev - honte à moi et merci à s.pt.mbr sans. de me l'avoir signalé]

Je me suis pris pour un critique une fois, avec Théolier, et j'ai fait un texte de merde. Donc cette fois-ci, je ne vais pas oublier que je ne suis pas un critique et peut-être que ça ira mieux ; puisque, objectivement, je me fous de savoir si le livre est bien - s'il est objectivement bien. Ou apte à.


22 mois devant la télévision, mettre ainsi son corps en situation, déjà, ça m'impressionne. Le mettre en situation, c'est-à-dire se placer de manière à ce qu'on puisse l'entendre parler, se déformer. De fait, il va se déformer, ce corps, devant le tube cathodique - à tenter de rassasier des pulsions qui ne lui sont plus propres, mais imposées de l'extérieur, par la contrainte du tube cathodique ; il va en parler, lui, de sa souffrance, via une chair en décomposition, boursouflée qui deviendra vite insupportable au téléspectateur - insupportable parce que gênante. De là l'envie, exprimée vers la fin, de sa disparition, de son meurtre (c'est pourquoi Tourgueniev - le compagnon de Delaume - fera une déposition dans les derniers chapitres, parce que ce corps, finalement, n'est plus là).
Le livre fait d'ailleurs constamment référence à Vidéodrome de Cronenberg et se structure dessus, il y a même un chapitre entier sur le film. J'ai vu Vidéodrome, il y a peu, et je n'en avais pas saisi la portée ; je ferai plus attention à Cronenberg maintenant. j'habite dans la télévision est un peu son excroissance littéraire et j'ai toujours été plus sensible au mots.

C'est à la fois triste et effrayant de constater qu'une part de notre cerveau est qualifiée comme "zone du marché" par des scientifiques à la botte de groupes industriels. Et qu'il est scientifiquement étudié pour être infiltré par des pulsions de consommation - au point d'en devenir un réflexe pavlovien. Insidieusement.

Je l'ai senti, vous saisissez, senti imperceptiblement, le cheminement du stimulus jusqu'à cette foutue zone du marché, le détour en boomerang qui rebondit odieux sur le larynx jusqu'à se catapulter en mots par-dessus les dents.


L'analogie de la publicité - et par publicité, il faut entendre la télévision toute entière, ce dernier terme masquant un processus encore plus complexe - avec un sexe qui nous pénètre, un rapport sexuel (qui nous viole ; bien que son but soit effectivement de nous faire ressentir un simulacre de plaisir en s'adressant à une zone du cortex) qui nous englue à tel point que les douches ne suffisent plus pour se débarrasser des sucs devient parlante au fur et à mesure de la lecture.

Pour que le cerveau reptilien soit touché, il est de bon ton que le cerveau limbique connaisse une petite mort. C'est pour cela qu'un message publicitaire a également pour vocation de se reproduire, de façon régulière et rythmée, mais sur un laps de temps qui ne doit pas être trop court.


Et, bien sûr, plus l'on aura l'habitude de voir passer certains messages, certains téléfilms, plus l'on deviendra réceptif au "nouveau" - enfin je dis "on", mais vous aurez compris que le sujet n'existe plus. Même en tant qu'illusion vitale. Il est "raboté", jusqu'à se noyer dans l'indifférenciation à la fois à lui-même (car il a disparu sous les coups de butoir des messages) mais aussi aux autres (transformés, par rapport au monde sécurisant de la télévision, en agresseurs, de par le simple fait de leur surgissement imprévisible dans la vision du téléspectateur - comme un spectacle que l'on aurait pas annoncé). Il ne devient ainsi plus qu'un simple point mobile de relais des opinions dont l'épicentre est son poste.

Lorsque la télévision est coupée, elle parle toujours ailleurs dans plein de quelques parts...


Il est assez saisissant de suivre la transformation de l'auteure, même s'observant elle-même (est-ce possible ?), soumise au flux de la télévision. Bien sûr, l'infiltration des messages télévisés (marketing, politiques...) passent d'abord par la faim - stimulant, selon les scientifiques, la mémoire puisque le sujet se trouve en situation de survie - qui est, physiologiquement, engendrée par les images. Mais peu à peu ces messages vont, en même temps qu'ils diluent le corps et le rapport à soi, restructurer un espace spatial et temporel (un "territoire" comme dit Deleuze, pris à parti par une auteure paniquée lui demandant de l'aide) dans lequel va se dérouler une circulation d'affects morbides et sadiques découlants de l'apathie du téléspectateur : ce dernier ne peut alors plus sortir de la télévision - dont la zone d'action est la zone purement économique, du moins pour un temps équivalent à celui de la durée de vie du corps.
L'apathie, elle, est survenue suite au flot incessant d'informations provoquant, par impuissance ou par une tentative de sauvegarde, une indifférenciation dans le traitement de ces dernières chez le téléspectateur.

Je me sens concernée par tout, absolument tout ce que je vois. Je n'arrive plus à hiérarchiser ce que j'engrange.


Il y a une cassure du désir, un effet désubstantialisant dans l'espace créé par la télévision - d'où la référence à Deleuze (du moins je suppose, ne l'ayant pas encore lu) - qui fait se taire l'individu, qui le fait devenir muet, qui le fait s'éteindre. Il faut aussi que j'ajoute que cette désubstantialisation se produit également sur les corps vus à la télévision, ce qui les transforme en réceptacles propres à accueillir tous les affects sadiques et mordibes d'un téléspectateur qui n'a plus que la mort à projeter sur des objets. Processus ne pouvant remettre en cause la télévision, puisque la télévision est devenue le monde - voir Dieu, en tout cas un démiurge.


Je n'ai pas dit tout ce que je voulais comme je le voulais, mais tant pis. Il me reste à écouter les mp3 sur le site, 06176NSDA, on verra. Ca ira pour l'instant, la suite est en friche dans ma tête. Enfin je cite quand même un passage décontextualisé, il m'a marqué.

Je me pose des questions sous forme d'histoires très courtes, mais toujours le trognon de ma pomme d'Adam crie grâce, des asticots d'angoisse s'agitent strangulation.

Bafouillé par Erwann Bleu à 20:49 - Essais... - Reprises [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

(Reprises)

Elle cite un Igor Tourgueniev, pas un Ivan Tourgueniev. Igor est son compagnon, d'après ce que j'ai compris. Tourgueniev est aussi le nom d'un blog, je ne sais pas si cela a un rapport.. Je viens de le finir, en tout cas, et tu me fais penser qu'il y a ces choses à écouter sur le site...

Reprisé par s.pt.mbr sans., 16 octobre 2006 à 15:25

Ah merde ! Tu as totalement raison ! Le pire étant que je sais qu'Igor est son compagnon (même si je m'en fous) et que c'est aussi un blog (que je n'aime pas trop). Je n'ai jamais tilté sur les différences de prénoms (I-I ça me suffit, il faut croire). Mais bon, c'est pas grave, puisque Nietzsche aussi a lu Tourgueniev. Comme quoi ^^

Reprisé par Erwann Bleu, 16 octobre 2006 à 15:52

(j'ai rectifié sur le blog)

Reprisé par Erwann Bleu, 16 octobre 2006 à 16:20

Désolé pour la méprise...

Reprisé par Igor, 19 octobre 2006 à 10:39

Mais il doit quand même y avoir un rapport, vu que l'icône du site ressemble à Ivan (enfin je crois)

Reprisé par Erwann Bleu, 19 octobre 2006 à 12:42

Ayé oui, je suis sûr que c'est lui, donc j'avais pas tout faux finalement \o/

Reprisé par Erwann Bleu, 19 octobre 2006 à 12:47

Voilà, j'ai rendu ma copie sur Delaume. Je te cite et je crois que tu ne vas pas être d'accord, mais j'espère ne pas m'en prendre plein la gueule ; )

Reprisé par septembravec, 19 octobre 2006 à 20:02

Oh non, non, je t'en mettrai pas plein la figure (si encore t'attaquais Montaigne ou Nietzsche je dis pas ^^) - je suis assez d'accord ce que tu dis d'ailleurs (j'vais laisser un comm'). Marrant, j'ai posté le truc sur Delaume en septembre...

Reprisé par Erwann Bleu, 19 octobre 2006 à 20:32

Racommoder







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