- Brouillon -

Traits et esquisses, couleurs en friche.

02 mars 2006

Crevard [baise-sollers] "de" Thierry Théolier (a.k.a. THTH)

[édition du 6/12/2008 : inutile de perdre votre temps à lire cet article de merde sur un livre sans intérêt réalisé par un auteur l'étant tout autant. Allez directement ici voir ce qu'est Tristan-Edern Vaquette]



crevard_thierry_theolier


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L'apprentissage de la liberté se réalise par des actes anodins quand ils sont isolés, mais qui regroupés forment une véritable libération comme une suite de sas ouvrant sur des espaces intérieurs inédits.

Le livre est une compilation regroupant tous (?) les messages postés sur le net par son auteur depuis la création du "SDH". La formule citée ci-dessus peut en livrer un but possible, ramenée à l'auteur même.

Je n'ai pas envie de parler de la "hype", du "SDH", des "OB" - pas dans l'instant. Non, moi, je ne sais pas (encore ?) où va l'époque ni ou elle doit aller ni même ce qu'elle est - et, de plus, je suis totalement étranger au milieu décrit dans ce livre (la "hype" - regroupement de journalistes intellos parcourant les milieux culturels se posant en arbitre du goût ; pour aller vite).
Je suis tombé sur ce Crevard [baise-sollers] via le site de Chloe Delaume (et aussi sur son auteur, puisque je ne lis pas les revues "hype"). Et je suis tombé sur Chloe Delaume via D-Side (un magazine de musique que je lis) et mon père, qui avait reçu le livre de Chloe Delaume (Les mouflettes d'Atropos) je ne sais comment - de là, lecture profitant de l'occasion.

Chloe Delaume, c'est majoritairement, pour moi, du ressentiment. J'ai maintenant un peu de mal avec le ressentiment - depuis peu à vrai dire, mais c'est un piège dans lequel je ne veux pas tomber. Théolier, c'est aussi du ressentiment.
Du ressentiment qui a du mal à s'assumer, qui se méfie de lui-même car il a conscience de ce ressentiment et qui ne veut pas s'y laisser aller pleinement.

J'ai lu ce livre par curiosité, pas par attrait particulier. Je voulais voir ce que c'était que la "hype", ce que c'était que ces "partouzes sans sexe", avoir un avis dessus puisque je le trouvais sur ma route (via laspirale.org pour laquelle THTH a répondu à une interview, en référence à une conversation sur le net et le langage SMS sur un forum, Le Monde, etc.), voir ce que c'était que cet "artiste sans oeuvre" dont on semblait dire qu'il avait créé quelque chose de neuf (après lecture, dont la "hype" semblait dire qu'il avait créé quelque chose de neuf). Je me suis inscrit à quelques mailing-list créées par Théolier, parcouru quelques blogs créés par Théolier (mais comme je ne suis pas à Paris...).
Les journalistes des Inrocks, de Technikart, etc. se retrouvant pour se gloser d'intellectualismes sur "l'art", la "culture" en réseau de relation uniquement, etc. Ca me fascine et ce livre fut intéressant pour moi à ce niveau. Ca me fascine, mais la "vanité", le "vide" de ce genre d'individus (le milieu intello parisien mangé par le pouvoir) dénoncés par THTH n'est pas nouveau. J'ai lu Les Essais avant Crevard ; lu la dénonciation du pédantisme par Montaigne. Je crois que je devrais lire La société du spectacle (Théolier aussi devra la lire un jour, au lieu d'en parler sans savoir ce que c'est - il le dit franchement).

Sur les quelques critiques que j'ai pu lire de ce livre (Chloe Delaume, Troudair, le site de l'éditeur, un compte rendu sur un webzine), il semble que, grossièrement dit, la forme de l'écriture soit plus intéressante que sa matière. C'est vrai qu'il faut un peu de temps pour s'y plonger puisqu'il est écrit pour le web, avec l'écriture caractéristique du web et le langage du "SDH" (Syndicat Du Hype - c'est-à-dire le rassemblement de personnes voulant montrer l'inanité de la "hype" en s'infiltrant dans leurs soirées). Le clavier permet sans doute de rattraper la vitesse de la pensée (à moins que finalement ce soit notre pensée qui n'aille plus assez vite ?) - qui ne l'a jamais testé ? - ou peut-être de la débloquer, de réactiver cette pensée. C'est possible que ce soit le sens du passage que j'ai cité.
Je ne suis pas du tout d'accord pour m'arrêter seulement au style (qu'on me dise plus ou moins joliment, diversement "je suis beau", c'est exactement pareil, un piège vers le vide du style). Mais là ça m'amènerait trop loin. Simplement : je ne suis pas persuadé que Théolier, avec ce langage, parvienne à renouveller et casser les objets de l'ancien langage - mais il le montre, ce langage.

J'ai lu aussi que l'on disait que le "name-dropping" (noyer le texte avec des références à des personnes connues uniquement de l'auteur) de Théolier empêchait la lecture. Je suppose que ça dépend de la lecture. Ca ne m'a pas tellement gêné, il m'a suffit de comprendre qu'il dénonçait le milieu de la "hype". Théolier fait rarement l'apologie (^^) d'un obscur personnage, il se contente souvent de le citer et de dire ce qu'il lui a fait ressentir, c'est suffisant pour la lecture. Mais il est vrai que j'ai un peu traîné sur le net de Théolier et Delaume avant de le lire (je n'avais pas pu le faire avant).

Le terme d'art revient aussi souvent à propos de ce livre. Comme je ne sais pas ce que c'est que l'art, je ne peux rien en dire. Tout ce que je peux dire, c'est que Les Essais sont pour moi plus proches de l'art que Crevard. Et puis, on utilise un peu trop le terme "art" ces temps-ci (on le confond sans doute avec "style" et "vide" - peut-être que Théolier dénonce ça), alors ce n'est pas la question à se poser, de savoir si Théolier est ou non artiste.

Bon. Le ressentiment donc. Le livre n'en est pas totalement perclu (grâce à la conscience qu'en a l'auteur), ce qui évite d'en faire un simple coup de gueule et permet aussi le surgissement de phrases et d'affects, que, moi, je nomme "humains" ("humain" c'est ce qui fait chaud au coeur, qui renforce la santé) : Le sexe est un sprint qui se transforme en marathon de tendresse. Il y en a peu, mais il y en a.

Je n'ai jamais su trop choisir
entre les mots et les photos
entre l'art et la vie
entre le dandysme et le nawak
entre l'ici et l'ailleurs/
entre l'anonymat et la célébrité
j'ai tout et j'ai rien
je suis quelqu'un et personne
un rayon de soleil passe
et toi tu casses des Dinos
Crisis.

Ce petit passage illustre peut-être la mauvaise conscience (ambivalence - je l'sais ma psy me l'a dit un jour ^^ - très présente chez Théolier sur sa démarche, lui-même ; ça entretient le doute et la remise en question) qu'éprouve Théolier à propos de son ressentiment. Pourtant à lire Nietzsche attentivement, le ressentiment est un passage obligé de l'individu souverain. Ca devrait régler le problème de la mauvaise conscience, voire la peur de ce ressentiment en permettant de ne pas s'y perdre.
Ressentiment, nihilisme, frustration engendrés par cette société dont parle THTH (et dans ces passages, il est sans doute impossible de ne pas s'y reconnaître, de ne pas aussi avoir éprouvé cette sensation d'étouffement : Dans nos vies il y avait tellement de hype, tellement de hype... et puis soudain il y eut un trou noir qui s'est connecté et ce trou noir, c'était le web ; la "blank revolution", même si "elle devra attendre"). Un espace où respirer : le web pour Théolier. La création du SDH (dont je laisse l'analyse à de plus qualifiés que moi - quoi "feignant" ?).
Création dont les principes rappellent Fight Club (évidemment en référence dans le livre) : nous sommes "nobody" dans le SDH. Et Théolier est Brad Pitt et Edward Norton (hommes du ressentiment, nihilistes, "casseurs"). En réaction contre la "hype", l'antithèse de la hype se dégage tout en lui restant indissolublement liée (ce dont Théolier a parfaitement conscience, ce n'est pas un abruti) : mais je ne peux pas adhérer à cette logique d'inversion, nous ne sommes pas "nobody" parce que la "hype"/société dit que nous sommes "un flocon de neige merveilleux et unique" (l'un est aussi faux que l'autre) - je ne peux plus adhérer à cette logique qui reste ancrée dans les mêmes principes de néantisation et de désespoir (et dont Théolier voudrait parfois sortir je crois).

Dans un des compte-rendu que j'ai lu, l'auteur trouvait que ce non-choix provenant de l'ambivalence de Théolier vis-à-vis de la "hype" (un peu comme Lupin qui aimerait faire partie de l'aristocratie tout en ne cessant de la ridiculiser) était sa force et ce qui lui donnait son statut d'artiste (la "force du non-choix").
Je ne sais pas... Je ne crois pas... Il manque un élément. Théolier trouve un moyen de faire partie de ce qui l'a rejetté. Pas exactement... Même si ça reste évidemment possible - mais pour moi Théolier cherche à trancher (ou peut-être que c'est moi qui plaque cela). Il n'est pas dit qu'il réussisse ou qu'il veuille réussir. Mais ce n'est pas un "non-choix", plutôt une tentative de conciliation impossible. Ce n'est pas un "non-choix" parce que Théolier ne peut pas choisir justement, il n'y a pas de "choix", il n'a pas le choix donc il cherche à concilier ce qui ne l'est pas (sera-t-il assez "fort" pour réussir ?). Je dirais qu'il rêve, rêvait d'une autre hype... C'est pour cela qu'il tente de montrer son inanité et sa vanité à celle-ci (le ressentiment vient peut-être de ce qu'il n'est pas assez "fort" pour créer son rêve et donc il préfère briser la réalité de la "hype" ?). Qui n'en est pas là aujourd'hui ? Mais moi, je crains le ressentiment, je crains ses conséquences. Même s'il reste vrai que le ressentiment est un passage, parfois, pour l'individu souverain.

Mais nous sommes, je ne sçay comment, doubles en nous mesmes, qui faict que ce que nous croyons, nous ne le croyons pas, et ne nous pouvons deffaire de ce que nous condamnons (Montaigne).

Je me demande si je lui envoie ce texte ^^

Bafouillé par Erwann Bleu à 20:39 - Essais... - Reprises [10] - Permalien [#]

(Reprises)

    Au fond tout ça reste très/trop parisien...

    Reprisé par Erwann Bleu, 03 mars 2006 à 16:26
  • Finalement, après avoir vu et écouté Vaquette, je me dis que Théolier, c'est vide et creux.

    J'suis con de m'être fait avoir.

    Reprisé par Erwann Bleu, 06 décembre 2008 à 11:12
  • pas la peine

    mais c koi l'encodage de la dernière citaFion ?

    Reprisé par Thierry, 30 mars 2006 à 12:58
  • pas la peine

    mais c koi l'encodage de la dernière citaFion ?

    Reprisé par Thierry, 30 mars 2006 à 13:05
  • Heu...

    L'encodage ? De l'ancien Français ^^ (mais l'orthographe de Montaigne est fantaisiste, autant que celle du traducteur so... )

    Reprisé par Erwann Bleu, 30 mars 2006 à 14:25
  • Je ne pense pas mon avis meilleur qu'un autre mais je profite de chaque espace d'expression. Merci tout d'abord a Erwann Bleu pour cela.

    j'ai lu crevard.
    j'ai rien compris a ton post.
    tu avoues ne pas savoir ce qu'est l'art mais tu trouves que Les Essais sont "plus proches" de l'art que Crevard.
    un exemple d'incompréhension parmis d'autres.

    je trouve que le post manque de justesse.
    c'est confus. fatiguant.
    alors que crevard ne m'a pas fatigué.
    rien de plus.

    je voulais pas déranger, bye.

    Reprisé par Hibou, 30 mars 2006 à 15:38
  • M'en fous, j'suis content d'avoir des comms, j'avais jamais pensé que ça arriverait puisque j'écris pour moi sans me soucier du lecteur (comme dit l'autre) - faire une critique nickelle du Crevard, ça ne m'intéresse pas et ça n'a jamais été mon intention ^^

    Reprisé par Erwann Bleu, 30 mars 2006 à 17:21
  • firme ta gueule (TM)
    poweurizé par
    "calotte sur ta bouche"

    Reprisé par stop-talking, 30 mars 2006 à 21:10
  • Contrairement à ce qui était promis, ce n'est pas de la merde. Ben tant mieux. "Confus"?. Quelqu'un qui se cherche et qui cherche, mais c'est ça qui est intéressant. "Fatigant"? Peut-être un poil trop long, mais c'est encore tout à fait raisonnable.

    Reprisé par s.pt.mbr sans., 17 octobre 2006 à 18:34
  • Merci. Mais je suis mal à l'aise quand je relis ce texte, il me gêne et j'ai honte. Il est fatigant, oui, c'est certain. Confus aussi, mais ça, ça ne me dérange pas trop.
    Je me suis posé en donneur de leçon, c'est insupportable, gonflé de prétention et ça défigure ce que je voulais dire (en dissociant la forme du fond).

    Reprisé par Erwann Bleu, 17 octobre 2006 à 22:44

Racommoder